La tentative désespérée de sauver le discours alarmiste sur le climat

La tentative désespérée de sauver le discours alarmiste sur le climat

La tentative désespérée de sauver le discours alarmiste sur le climat

Dans ce commentaire, l’analyste énergétique Tilak Doshi examine le débat croissant au sein du Parti démocrate sur la communication climatique. Il soutient que les dirigeants politiques se désintéressent discrètement du discours alarmiste sur le climat à mesure que les électeurs s’inquiètent de plus en plus du coût de la décarbonation.

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Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, et la gouverneure de New York, Kathy Hochul, illustrent une évolution plus générale au sein des dirigeants démocrates en matière de communication sur le climat. (Illustration générée par IA)

Tilak Doshi
Date: 19 juillet 2026

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L’essai d’Aaron Regunberg, « Pourquoi la politique climatique ne peut attendre », publié la semaine dernière dans  la Boston Review, se lit comme un sermon alarmiste destiné aux stratèges démocrates hésitants à l’approche des élections de mi-mandat. Il vise ce que les propres conseillers du parti appellent désormais le « silence climatique » : un repli discret du discours apocalyptique.

Comme l’écrivait récemment Matt Huber dans le New York Times : « Le Parti démocrate reste profondément impopulaire. La solution ? Cesser de mettre en avant une litanie de politiques mono-thématiques qui séduisent les électeurs déjà convaincus. En matière de changement climatique, pour l’instant, le mieux est peut-être de se taire. » Huber, à l’instar de ses collègues de gauche, soutient que le militantisme démocrate sur le climat a éloigné les classes populaires du parti et que, pour reconquérir cet électorat, il faut renoncer à la lutte pour l’action climatique. Kathy Hochul de New York, Gavin Newsom de la Californie, et un nombre croissant d’autres démocrates – les principaux idéologues du parti sur la question climatique – ont conclu que parler sans cesse de décarbonation est un handicap électoral plutôt qu’un atout pour le parti.

La Boston Review n’est pas un simple bulletin militant marginal. Fondée en 1975 et publiée en partenariat avec le MIT, elle a été pendant cinq décennies l’une des tribunes intellectuelles les plus importantes de la gauche américaine – le lieu où ont publié des personnalités comme Martha Nussbaum, Amartya Sen et Cornel West, et où le format du « Boston Review Forum » a façonné les débats entre les élites politiques progressistes. Lorsqu’un article y paraît, il ne s’adresse pas aux électeurs indécis, mais aux stratèges, universitaires et collaborateurs qui définissent l’agenda intellectuel de l’aile militante du Parti démocrate. C’est ce qui donne toute sa pertinence à l’essai d’Aaron Regunberg. Il ne s’agit pas d’une critique marginale, mais bien d’une tentative de l’intelligentsia progressiste elle-même pour dissuader ses élus de renoncer au discours sur le climat, un renoncement que les électeurs ont pourtant récompensé dans les urnes.

L’essai de Regunberg s’appuie fortement sur l’idée que la guerre du détroit d’Ormuz de cette année a enfin fourni aux défenseurs du climat l’argument parfait : « La lumière du soleil n’a pas à traverser le détroit d’Ormuz, et personne n’a jamais fait la guerre pour le vent. » Il recense trois arguments en faveur du « silence » et entreprend de les réfuter un à un. Il échoue dans les trois réfutations, et la manière dont il échoue est instructive : concéder un peu de terrain à la réalité, puis affirmer avec une grande sophistication que rien ne devrait changer en ce qui concerne les politiques de décarbonation ambitieuses.

Première réfutation : « Les Américains se soucient davantage de la situation que ne le reconnaissent ceux qui veulent se taire. »

Regunberg s’appuie fortement sur les conclusions d’un sondage réalisé en 2026 par le Programme de communication sur le changement climatique de Yale, selon lequel une majorité d’électeurs attribuent la hausse des factures d’épicerie et de services publics au réchauffement climatique, et qu’une majorité déclare préférer un candidat qui soutient l’action climatique :

L’enquête révèle également que de nombreuses politiques climatiques bénéficient d’une forte adhésion. Environ 77 % des électeurs sont favorables à la réglementation du dioxyde de carbone en tant que polluant, tandis que 65 % soutiennent la transition de l’économie américaine des énergies fossiles vers une énergie 100 % propre d’ici 2050. Plus de la moitié des électeurs inscrits (58 %) estiment que le développement des énergies propres devrait être une priorité « élevée » ou « très élevée » pour le président et le Congrès, et le même pourcentage indique préférer voter pour un candidat favorable à la lutte contre le réchauffement climatique, contre seulement 14 % qui privilégieraient un candidat opposé à l’action climatique.

Citer des sondages trop généraux est la plus vieille ruse des alarmistes : sonder l’opinion de manière abstraite ne vaut rien dès lors qu’on interroge les gens sur ce qu’ils sont réellement prêts à payer. L’Institut de politique énergétique de l’Université de Chicago, dans sa plus récente enquête AP-NORC, a constaté que moins de quatre Américains sur dix accepteraient même une taxe carbone symbolique d’un dollar par mois, un chiffre en baisse depuis des années.

L’affirmation selon laquelle la préoccupation du public pour le climat est plus profonde et plus concrète que ce que les détracteurs reconnaissent s’appuie largement sur des sondages montrant qu’une majorité de personnes reconnaissent le changement climatique et soutiennent des objectifs vagues tels que la réglementation des émissions de dioxyde de carbone ou le développement des énergies renouvelables. Pourtant, ces chiffres s’effondrent lorsqu’on interroge les personnes sur le montant qu’elles sont prêtes à payer. Comme les critiques le soulignent depuis longtemps, le soutien abstrait aux objectifs environnementaux disparaît dès lors que les arbitrages budgétaires des ménages entrent en jeu.

La source privilégiée de Regunberg, le Searchlight Institute, a constaté que seulement 17 % des électeurs des États clés affirment que le changement climatique affecte leur famille « considérablement ». Se soucier du changement climatique de manière abstraite, comme on se soucie de la paix dans le monde, ne coûte rien. S’en soucier suffisamment pour accepter des factures d’énergie plus élevées est une tout autre affaire, et c’est le seul type de préoccupation qui détermine si une politique survit à son examen par le corps législatif. Regunberg ne demande jamais à ses lecteurs de payer quoi que ce soit ; il leur demande seulement de voter pour des politiciens qui promettent, de manière vague, de faire payer les pollueurs.

Deuxième réfutation : « L’action climatique est compatible avec un programme de classe ouvrière »

Ici, Regunberg invoque le Corps civil de conservation de Franklin Roosevelt et la campagne de Bernie Sanders en 2016 pour affirmer que l’écologie et la politique ouvrière ont toujours été des alliés naturel s. Cette analogie historique est totalement hors de propos. Les programmes de conservation du New Deal de Roosevelt visaient à planter des arbres ; ils n’avaient pas pour ambition de transformer en profondeur les fondements mêmes d’une économie industrielle en une seule génération. L’obstacle auquel se heurte aujourd’hui la transition énergétique n’est pas d’ordre rhétorique, mais d’ordre mathématique.

Selon les propres estimations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les énergies renouvelables – après des décennies de subventions, d’obligations et d’exhortations morales – devraient à peine représenter un cinquième de la consommation énergétique finale mondiale d’ici 2030, contre 13 % en 2023. Le chauffage, qui représente près de la moitié de la demande énergétique finale, reste majoritairement alimenté par des combustibles fossiles ; l’aviation et le transport maritime demeurent, selon l’AIE elle-même, presque entièrement dépendants du pétrole. Il est tout simplement impossible d’électrifier près des quatre cinquièmes de la demande énergétique mondiale dans des délais acceptables par un électorat démocratique.

Troisième réfutation : « La lutte contre les énergies fossiles renforce la démocratie »

La plus révélatrice des trois réfutations de Regunberg est celle qui abandonne complètement l’économie pour se réfugier dans la théorie du complot. Il attribue le « dossier parallèle » de la Cour suprême, l’érosion de la confiance dans la science et la crise plus générale de la démocratie américaine à un complot des énergies fossiles vieux de plusieurs décennies, et conclut que vaincre l’autoritarisme passe donc par la défaite des grandes compagnies pétrolières. Il s’agit là d’une énième tentative de désigner un bouc émissaire institutionnel, typique de ce qui a permis au complexe militaro-industriel de prospérer pendant 30 ans : chaque évolution politique gênante, du scepticisme populiste au conservatisme judiciaire, est a posteriori interprétée comme une preuve de la malfaisance des énergies fossiles.

Ce texte omet opportunément de mentionner que le fondement scientifique de la notion de « menace existentielle » sur laquelle s’appuie encore Regunberg a été abandonné par les institutions mêmes qui l’ont élaboré. La communauté de modélisation du GIEC a discrètement retiré ces dernières années le scénario RCP8.5, la trajectoire d’émissions extrêmes « statu quo » qui a alimenté toute une génération de titres apocalyptiques, dû au fait qu’il n’a jamais constitué une issue plausible. La tendance qui se dessine aujourd’hui au sein des instances dirigeantes du climat n’est pas le recul, mais le réarmement : admettre que le pire scénario était une fiction, puis insister sur le fait que l’urgence demeure aussi pressante qu’auparavant. L’essai de Regunberg reproduit la même manœuvre, mais en remplaçant la température par la démocratie. Il cite les inondations, les sécheresses, les tempêtes et les vagues de chaleur comme preuves d’une accélération de la catastrophe, mais ignore commodément les données empiriques qui montrent que les décès dus aux phénomènes météorologiques extrêmes ont diminué de plus de 96 % depuis les années 1920, alors même que la population mondiale a quadruplé et que la planète s’est réchauffée. Il ne s’agit pas d’un monde qui bascule vers le fascisme à cause de la canicule. C’est un monde qui parvient de mieux en mieux à faire face aux aléas climatiques, principalement parce que la croissance économique fondée sur les énergies fossiles a permis de financer la climatisation, les ouvrages de protection contre les inondations et les systèmes d’alerte précoce qui ont, en réalité, effectué le travail.

Le récit institutionnel

Ce qui rend l’essai de Regunberg digne d’intérêt, ce n’est pas tant son argumentation que son honnêteté involontaire quant à l’état même du système climatique institutionnel. Il rapporte, presque en passant, que Politico ferme son magazine E&E News, spécialisé sur le climat, que NPR a fermé son service climat, que l’équipe climat du Washington Post a été licenciée et que même Bill Gates a revu sa position  et affirme désormais que la décarbonation n’est pas la principale menace pour les populations les plus pauvres du monde. Ce ne sont pas là les agissements d’une institution confiante dans la pérennité de son discours ; c’est le recul face à un récit qui ne porte plus ses fruits, que ce soit en termes de financement, d’engagement ou de votes. La réponse de Regunberg est d’insister sur le fait que ce recul est une erreur politique plutôt qu’une adaptation rationnelle à l’évolution de la situation : une baisse de la volonté du public de payer, un scénario d’émissions discrédité et une transition énergétique qui, selon les propres chiffres de l’AIE, accuse des décennies de retard sur le calendrier promis par ses défenseurs.

D’après Doshi, Bill Gates affirme de plus en plus que la décarbonation n’est pas le principal défi auquel sont confrontées les communautés les plus pauvres du monde. (Photo : Shutterstock)

Le même indice transparaît dans le choix même des preuves invoquées par Regunberg pour justifier l’inquiétude du public. Il cite les résultats du sondage World Risk Poll de 2026, selon lesquels les Américains sous-estiment considérablement le nombre de leurs concitoyens qui perçoivent le changement climatique comme une menace sérieuse, et y voit un réservoir inexploité de soutien latent, qu’il suffirait de libérer grâce à une communication plus audacieuse. Une interprétation moins indulgente, et à mon avis plus juste, est que l’écart entre l’inquiétude exprimée et le consensus social perçu reflète précisément le phénomène que les sondeurs appellent la falsification des préférences : les gens disent aux enquêteurs ce qui leur semble civiquement responsable, tout en refusant discrètement, dans les urnes et à la caisse, d’en assumer le coût. Hochul, Newsom et McKee ne se trompent pas sur l’opinion de leurs électeurs. Ils les comprennent même mieux que les sondeurs que Regunberg privilégie.

À quoi ressemble une alternative rationnelle ?

Rien de tout cela ne justifie la cruauté envers les communautés véritablement pauvres, les plus exposées aux aléas climatiques. Il s’agit plutôt d’un plaidoyer pour une forme d’humilité politique que Friedrich Hayek aurait sans doute reconnue : le refus de substituer la « prétention fatale » des planificateurs centraux – en l’occurrence, une coalition de militants, de rédacteurs et de consultants persuadés de pouvoir manipuler à la fois le budget énergétique des ménages et leurs allégeances politiques grâce à une communication alarmiste sur le climat – aux connaissances disséminées, inscrites dans les prix du marché et les choix des ménages. Les électeurs ne sont pas inconscients des enjeux moraux du changement climatique, comme le suppose Regunberg ; ils font des choix parfaitement rationnels entre un risque abstrait à long terme et le coût concret et immédiat du chauffage de leur logement et du remplissage de leurs réservoirs d’essence.

Les démocrates qui ont pris conscience de cela ne sont pas des lâches corrompus par l’argent des énergies fossiles, comme le sous-entend l’accusation de « censure climatique ». Ils adoptent plutôt un pragmatisme minimal pour conserver leurs votes – ce qui, en démocratie, est censé être le but recherché. Regunberg souhaite que l’urgence prônée par Martin Luther King soit appliquée au dioxyde de carbone. Ce dont il a réellement besoin, et ce que  les lecteurs de la Boston Review méritent, c’est d’un calcul précis : la quantité d’énergie réellement consommée dans le monde, la part infime qui peut actuellement être électrifiée, et le montant que le public – interrogé honnêtement, en termes financiers et non sentimentaux – est prêt à payer pour combler cet écart. En attendant ce constat, la politique climatique peut attendre. Les réalités économiques, contrairement aux enjeux politiques d’une élection de mi-mandat, ne le peuvent pas.

Une première version de cet article a été publiée par le Daily Sceptic le 17 juillet 2026. La version intégrale a été publiée par Tilak Doshi sur son compte Substack le 18 juillet 2026.

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Dr Tilak K. Doshi

Le Dr Tilak K. Doshi est le rédacteur en chef de la section Énergie du Daily Sceptic. Économiste, il est membre de la CO₂ Coalition et ancien collaborateur de Forbes. Suivez-le sur Substack et X.

Traduction : Eric Vieira

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By |2026-07-19T02:57:58-07:0019 July 2026|Climate Change|0 Comments

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