« La neutralité carbone fait grimper les coûts de l’énergie et fragilise le réseau électrique »

« La neutralité carbone fait grimper les coûts de l’énergie et fragilise le réseau électrique »

« La neutralité carbone fait grimper les coûts de l’énergie et fragilise le réseau électrique »

L’analyste énergétique britannique David Turver a dressé un bilan sans concession de la politique énergétique du Royaume-Uni, affirmant que la quête du zéro émission nette rend l’électricité de plus en plus chère, complique le fonctionnement du réseau électrique et compromet la production conventionnelle nécessaire au maintien de la fiabilité du système.

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Net Zero Energy Costs Are Undermining Britain’s Grid

David Turver (à droite) interviewé par le GWPF

Clintel Foundation
Datum: 10. August 2026

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Dans une interview accordée à la Global Warming Policy Foundation au sujet de son nouveau rapport pour le Prosperity Instituteintitulé « Good Money After Bad », David Turver a remis en question l’affirmation largement répandue selon laquelle les énergies renouvelables seraient bon marché. Son principal argument est que les comparaisons fondées uniquement sur le coût de production d’un mégawattheure d’énergie éolienne ou solaire ignorent les coûts substantiels imposés à l’ensemble du système électrique. « Les énergies renouvelables ne sont pas bon marché. En réalité, elles figurent parmi les sources d’électricité les plus coûteuses dont nous disposons. »

Vous pouvez consulter l’intégralité de l’interview ici.

Turver soutient que les comparaisons officielles entre le gaz et l’éolien offshore peuvent induire en erreur car elles ne comparent pas des éléments comparables. Le coût de la production d’électricité à partir de gaz peut être relativement élevé car les calculs reposent sur un faible facteur de capacité et intègrent des coûts carbone importants. L’éolien offshore, en revanche, est généralement comparé en utilisant son prix d’exercice ou son coût actualisé sans tenir pleinement compte des infrastructures supplémentaires nécessaires à l’intégration de cette production intermittente au réseau électrique.

25 milliards

Ces coûts supplémentaires comprennent l’équilibrage du réseau, la capacité de secours et le transport de l’électricité. Selon Turver, ces coûts prennent une importance croissante à mesure que la Grande-Bretagne développe sa production d’énergie éolienne intermittente. Les coûts d’intégration au réseau, d’après les chiffres évoqués lors de l’entretien, devraient passer d’environ 8 milliards de livres sterling en 2024-2025 à plus de 25 milliards de livres sterling d’ici 2030-2031. Le transport de l’électricité à lui seul devrait atteindre environ 13,5 milliards de livres sterling, tandis que les coûts liés au marché de capacité pourraient s’élever à environ 4,4 milliards de livres sterling. Les subventions aux énergies renouvelables devraient également augmenter, passant d’environ 12 milliards de livres sterling à plus de 15 milliards de livres sterling sur la même période.

Selon Turver, cela signifie que l’économie de la transition énergétique britannique est en train de changer. Les subventions ont traditionnellement représenté le coût le plus visible de la politique en matière d’énergies renouvelables, mais les coûts d’intégration au réseau deviennent désormais encore plus importants. Une grande partie de ces dépenses est intégrée aux redevances de réseau plutôt que d’apparaître directement comme une subvention aux énergies renouvelables, ce qui la rend moins visible pour les consommateurs.

Cela explique en partie pourquoi les factures d’électricité peuvent rester élevées même lorsque les prix de gros de l’énergie baissent. Le prix de gros ne représente qu’une partie de la facture finale, tandis que les coûts de réseau, les subventions et les taxes liées aux politiques énergétiques continuent d’augmenter. Turver critique notamment les affirmations du gouvernement selon lesquelles le développement des énergies renouvelables permettra de faire baisser les factures.

Il cite la décision du gouvernement de transférer une partie du coût des certificats d’obligation d’énergie renouvelable des factures d’électricité vers la fiscalité générale comme exemple de ce qu’il considère comme une mesure superficielle plutôt que structurelle. Déplacer la charge d’un compte à un autre ne réduit pas le coût sous-jacent. Turver préconise quant à lui la suppression pure et simple du mécanisme actuel des certificats d’obligation d’énergie renouvelable. Il estime que cette mesure permettrait d’économiser environ 8,5 milliards de livres sterling sur le système électrique et le système fiscal.

Il propose également une approche plus radicale des anciens contrats de différence, notamment ceux qui soutiennent l’éolien offshore. Selon Turver, certains de ces projets pourraient bientôt avoir reçu des subventions supérieures à leurs coûts de construction initiaux. Il estime que cela pourrait ouvrir la voie à une renégociation, les producteurs d’électricité se voyant proposer des prix d’exercice réduits en échange de leur maintien dans un système électrique réformé.

Une telle proposition soulèverait inévitablement des questions relatives aux contrats, la confiance des investisseurs et au respect de l’état de droit. Turver reconnaît cette préoccupation, mais soutient que les dommages économiques causés par les prix élevés de l’énergie constituent eux-mêmes une menace pour la confiance des entreprises. Celles-ci ferment déjà leurs portes ou délocalisent leur production à l’étranger, explique-t-il, car le coût de l’énergie au Royaume-Uni est prohibitif. Selon lui, un engagement crédible en faveur d’une électricité moins chère pourrait, à terme, renforcer la confiance des investisseurs au lieu de l’affaiblir.

Supprimer les taxes sur le carbone

La réforme qu’il préconise irait au-delà de la simple renégociation des contrats existants. Turver plaide pour la suppression des taxes carbone et des subventions aux énergies renouvelables, tout en exigeant que les producteurs d’énergies renouvelables intermittentes prennent en charge l’intégralité des coût d’intégration qu’ils imposent au réseau. « Supprimons les taxes carbone, supprimons les subventions aux énergies renouvelables et faisons en sorte que les énergies renouvelables intermittentes financent elles-mêmes leurs coûts d’intégration. »

Cela signifierait que l’éolien et le solaire financeraient eux-mêmes leurs besoins en matière de secours, d’équilibrage et de transport. Turver estime que l’exposition des producteurs d’électricité aux coûts totaux du système constituerait un véritable test de marché. Il prévoit que relativement peu de nouvelles installations éoliennes et solaires intermittentes raccordées au réseau seraient construites dans ces conditions, même si les projets existants pourraient continuer à fonctionner si leurs coûts d’exploitation restaient inférieurs au prix du marché.

Le problème plus général, selon Turver, est que le marché britannique de l’électricité est devenu inutilement complexe. Il soutient que ce marché fonctionnait relativement bien avant que les subventions successives et les interventions réglementaires ne modifient les incitations pesant sur les producteurs d’électricité. Les producteurs d’énergies renouvelables pouvaient ainsi se positionner sur leurs coûts de gros, tandis que d’autres coûts étaient répercutés ailleurs dans le système.

Il en résulte, selon lui, un véritable nœud gordien de subventions, de paiements de capacité, de mécanismes d’équilibrage et d’autres interventions. La production d’électricité à partir de gaz conventionnel a été particulièrement touchée, car la production intermittente subventionnée réduit le nombre d’heures pendant lesquelles les centrales à gaz peuvent fonctionner de manière rentable. Or, ces centrales restent précieuses précisément parce qu’elles peuvent fournir de l’électricité à la demande lorsque la production éolienne et solaire diminue.

Gaz

Turver considère donc le gaz comme un élément important du système électrique britannique pour l’avenir prévisible. Il soutient que le parc de centrales à gaz existant vieillit et que de nouvelles capacités de production pourraient être nécessaires pour garantir la sécurité d’approvisionnement. Les taxes carbone, explique-t-il, augmentent considérablement le coût de l’électricité produite à partir de gaz, tandis que l’intermittence des énergies renouvelables crée une demande supplémentaire pour une production d’électricité conventionnelle flexible.

Il se montre tout aussi sceptique quant au captage et au stockage du carbone (CSC). Selon lui, le CSC vise essentiellement à concilier le besoin du gouvernement en matière de production flexible de gaz avec ses objectifs de neutralité carbone. Cette technologie permettrait de capter le CO2 émis par les centrales à gaz et de le transporter vers un stockage souterrain.

Turver juge le dispositif économiquement très peu attractif. Il soutient que la capture du carbone réduit l’efficacité des centrales à gaz d’environ 20 %, augmentant ainsi leurs coûts, tout en nécessitant un soutien gouvernemental conséquent. Il estime que le gouvernement pourrait dépenser environ 25 milliards de livres sterling pour le CSC sur une période de 15 à 20 ans. Il s’interroge également sur la viabilité technique et économique à grande échelle de cette technologie. La capture directe du CO2 dans l’air fait l’objet d’une évaluation encore plus sceptique.

Un autre sujet de préoccupation concerne la stabilité physique du réseau électrique. Turver évoque l’enquête menée à la suite d’un incident survenu le 23 juin, au cours duquel la fréquence du réseau britannique a chuté significativement en dessous de sa plage de fonctionnement normale. Selon son récit, la fréquence est descendue sous les 49,7 Hz et est restée hors de la plage normale pendant une période exceptionnellement longue. Les gestionnaires du réseau ont finalement dû réduire leurs exportations d’électricité vers les Pays-Bas et la France afin de préserver la stabilité du réseau britannique.

Inertie

Turver attribue ce problème à la diminution de l’inertie du réseau. Les centrales thermiques traditionnelles contiennent de grandes machines rotatives dont l’inertie physique contribue à stabiliser le réseau après des perturbations. À mesure que ces générateurs sont remplacés par des éoliennes et des panneaux solaires raccordés à des onduleurs, cet effet stabilisateur s’amenuise.

Il soulève également des inquiétudes quant au manque de données sur l’inertie du réseau et à l’indépendance de l’enquête. Plusieurs jours de juin auraient été marqués par un manque de données d’inertie publiées. Turver soutient que les enquêteurs doivent examiner non seulement si les procédures ont été respectées, mais aussi si la structure du système électrique, de plus en plus axée sur les énergies renouvelables, crée de nouveaux risques pour la fiabilité du réseau.

Le débat sur la politique climatique elle-même s’invite également dans la discussion. Turver réfute l’idée que s’opposer à la neutralité carbone signifie nécessairement nier la préoccupation face au changement climatique. Il reconnaît que l’augmentation du CO2 atmosphérique est susceptible d’entraîner une hausse des températures, tout en so ulignant que d’autres facteurs influent également sur le climat. Sa solution privilégiée est l’adaptation plutôt que de tenter d’éliminer les émissions britanniques par des politiques nationales de plus en plus coûteuses. « Je soutiens depuis un certain temps que les politiques de neutralité carbone ont en réalité un impact plus négatif sur nous que le changement climatique lui-même. »

Turver soutient que la Grande-Bretagne représente moins de 1 % des émissions territoriales mondiales, tandis que les émissions des principales économies émergentes continuent d’augmenter. Selon lui, la Grande-Bretagne devrait donc supporter les coûts économiques de la neutralité carbone sans pouvoir influencer l’évolution mondiale des émissions. L’adaptation, en revanche, serait bénéfique indépendamment du comportement des autres pays.

Il ne prétend toutefois pas que la droite politique doive ignorer purement et simplement les enjeux climatiques. Turver affirme que le récent débat au sein des cercles conservateurs sur le changement climatique a été utile car il a permis de mettre en lumière différentes positions. Le scepticisme à l’égard de la neutralité carbone, souligne-t-il, ne doit pas être automatiquement assimilé au scepticisme climatique. La question la plus importante est de savoir quelles politiques alternatives peuvent garantir un approvisionnement énergétique fiable, une croissance économique et une résilience accrues à moindre coût.

Nucléaire

Concernant l’énergie nucléaire, Turver se montre nettement plus optimiste. Il considère le nucléaire comme une solution idéale pour une production d’électricité de base fiable et à faible émission de carbone. Le problème, en Grande-Bretagne, ne réside pas tant dans la technologie elle-même que dans le coût et la durée de la construction. Une réglementation excessive et des coûts de financement élevés ont rendu les projets nucléaires britanniques beaucoup plus onéreux que ceux de pays comme la Chine et la Corée du Sud, où les délais de construction peuvent être considérablement plus courts.

Sa critique plus générale porte sur la gouvernance de la politique énergétique. La Grande-Bretagne a accumulé un grand nombre d’organismes de réglementation, de conseils consultatifs et d’organisations quasi gouvernementales, chacun poursuivant des objectifs spécifiques. Turver soutient que les capacités institutionnelles sont insuffisantes pour concilier ces objectifs. La protection de l’environnement, la réduction des émissions, l’accessibilité financière de l’énergie, la compétitivité industrielle et la sécurité d’approvisionnement peuvent être contradictoires, or aucun organisme suffisamment puissant n’est chargé d’effectuer les compromis nécessaires.

Selon lui, il en a résulté un système réglementaire de plus en plus complexe qui augmente les coûts tout en rendant l’établissement des responsabilités plus difficile.

Pessimiste

L’analyse de Turver sur la situation politique est donc pessimiste, même s’il entrevoit des possibilités de changement. Il critique vivement la gestion de l’énergie par le gouvernement et doute que la politique actuelle permette de réduire le coût de l’électricité. Parallèlement, il souligne l’inquiétude croissante au sein du mouvement travailliste face au prix élevé de l’énergie et à ses conséquences sur l’industrie et l’emploi. Il suggère que la pression politique pourrait à terme imposer une approche plus pragmatique.

En définitive, la solution proposée par Turver est simple : réduire l’intervention de l’État, supprimer les distorsions induites par les politiques publiques et laisser le marché déterminer quelles technologies permettent de produire de l’électricité de manière rentable. Cela implique de supprimer les taxes carbone et les subventions aux énergies renouvelables, de faire supporter aux producteurs l’intégralité des coûts qu’ils imposent au réseau, de simplifier le marché de l’électricité et de maintenir une capacité de production pilotable suffisante.

Sa conclusion est délibérément optimiste. Si l’électricité devenait nettement moins chère, affirme-t-il, les retombées positives se feraient sentir non seulement sur les factures des ménages, mais aussi sur l’investissement industriel, la croissance économique et la confiance des entreprises. « Réduisons les taxes carbone, supprimons les subventions aux énergies renouvelables et occupons-nous des coûts d’intégration au réseau. »

Pour Turver, l’enjeu principal n’est donc pas de savoir si la Grande-Bretagne peut développer davantage de capacité renouvelable, mais plutôt si elle peut construire un système électrique abordable, fiable et économiquement viable. Sa conclusion est que le cadre politique actuel échoue à ce test-là et que changer de cap exigerait de faire face aux coûts et aux compromis que les gouvernements successifs ont jusqu’à présent préféré dissimuler ou reporter.

Traduction : Eric Vieira

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By |2026-08-10T01:08:01-07:0010 August 2026|Climate Change|0 Comments

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