Sous un scénario de « statu quo », le GIEC fera bientôt faillite
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations Unies est en proie à la tourmente. Des désaccords persistent quant aux échéances, et la perte du soutien américain fait craindre une grave crise financière. Pour reprendre les termes mêmes du GIEC : si nous ne faisons rien, le GIEC sera en faillite d’ici quelques années.
Le GIEC, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat aux Nations Unies, traverse une crise sans précédent. Les médias néerlandais en ont fait grand cas la semaine dernière. « Chaos total au GIEC : pas d’accord, pas de budget et pas de rapport ? » , titrait la NOS. « Les discussions au sein du GIEC, organe consultatif de l’ONU sur le climat, sont au point mort », rapportait RTL Nieuws.
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) s’est réuni à Addis-Abeba (Éthiopie) pour sa réunion annuelle. Il devait notamment s’entendre sur la date de publication du prochain rapport (le septième, le sixième ayant été publié en 2021) et sur son financement. Des difficultés sont apparues sur ces deux points. Le président en exercice du GIEC, Jim Skea, a décidé vendredi soir de suspendre la réunion, les participants des pays les moins avancés et des petits États insulaires, en particulier, devant prendre leur vol retour. Selon le GIEC, la poursuite de la réunion aurait compromis le caractère inclusif du processus.
À première vue, ces questions semblent mineures. Les pays favorables à une politique climatique ambitieuse souhaitent que le rapport soit prêt à temps pour la grande conférence politique sur le climat de 2028. Lors de cette conférence, les progrès réalisés concernant l’Accord de Paris sur le climat de 2015 seront examinés. Certains pays (dont l’Arabie saoudite, la Russie, l’Inde et la Chine) souhaitent un report à 2029, arguant que les pays en développement ont besoin de plus de temps pour participer. Pour l’instant, ces pays ont « gagné ». Selon la NOS : « Le fait que le président du GIEC, Jim Skea, ait ajourné la réunion sans accord sur le calendrier ni sur les budgets est perçu comme une victoire pour plusieurs pays ayant des intérêts dans les énergies fossiles, qui souhaitent reporter la publication du rapport après le sommet sur le climat de 2028. »
Pas de billets d’avion ni d’hôtels
Mais comme toujours, l’argent joue un rôle. Le président Trump a retiré les États-Unis du GIEC. Or, il se trouve que les États-Unis étaient de loin le principal contributeur financier du GIEC. L’Amérique représentait plus d’un quart de son budget. Nombreux sont ceux, y compris parmi les détracteurs du GIEC, qui pensent que cela implique des sommes considérables. Rien n’est plus faux. Les sommes importantes ne concernent pas le GIEC lui-même – l’organisme qui publie les évaluations scientifiques – mais la politique climatique, un processus qui relève de la compétence d’une autre entité des Nations Unies, la CCNUCC.
Le budget du GIEC est dérisoire. En 2024, il s’élevait à peine à 5 millions d’euros, dont près de 2 millions provenaient des États-Unis. Les contributions au GIEC sont volontaires. Quatre-vingts pour cent des 195 pays membres n’ont jamais versé un seul centime. Le Néerlandais Bart van den Hurk, de Deltares, est actuellement coprésident du rapport du Groupe de travail 2 (qui examine l’impact du changement climatique). Deux cent trente scientifiques de 91 pays contribuent à ce rapport. Dans un article de RTL Nieuws, il explique pourquoi le financement reste crucial, même aujourd’hui : « […] faute de budget, il n’y a pas d’argent pour les billets d’avion et les hôtels des voyageurs des pays en développement. »
Le GIEC tient à être « inclusif », et pour les scientifiques des pays en développement, ses réunions constituent une occasion de voyager à l’étranger. Le retrait du soutien américain leur fait désormais perdre cette opportunité. C’est là que réside la frustration. Il est révélateur que d’autres pays rechignent à combler un manque à gagner de seulement deux millions d’euros par an. Cela témoigne de l’importance que revêt le GIEC.
Les Pays-Bas n’ont versé aucun financement au GIEC en 2024 et 2025, probablement parce que Deltares abrite l’Unité de soutien technique (UST). Le site web Rijksuitgaven.nl fait état d’une contribution supplémentaire substantielle à Deltares en 2023, vraisemblablement destinée à la mise en place de cette UST.
Scénario habituel
Plus tôt cette année, nous rapportions sur Indepen qu’après des années de critiques, le GIEC avait finalement abandonné un scénario catastrophe extrêmement pessimiste, fondé sur des hypothèses absurdes concernant la consommation future de charbon et prévoyant un réchauffement climatique extrême d’ici 2100. Aujourd’hui, c’est le GIEC lui-même qui est menacé par un scénario catastrophe. Dans un article publié en mars dernier, le GIEC présente différents scénarios pour son avenir financier. Fidèles à la tradition du GIEC, nous allons mettre en lumière le scénario le plus sombre.
Cela montre clairement que les contributions des pays ont culminé en 2023 à plus de 8 millions de francs suisses (CHF ; le franc suisse vaut légèrement plus qu’un euro) et n’ont cessé de diminuer depuis. Dans un scénario « status quo » où la situation reste inchangée, le GIEC prévoit une augmentation des dépenses dans les années à venir. Les réserves accumulées s’épuiseront et, d’ici 2029, l’organisation sera déficitaire.
Les négociations annuelles sur le climat (le prochain cycle débute le mois prochain à Antalya) portent sur des centaines, voire des milliers de milliards de dollars. Le GIEC a pour mission de fournir aux pays les meilleures données scientifiques disponibles sur l’état du climat et les options politiques pertinentes. Or, les pays semblent y porter peu ou pas d’intérêt. Il sera intéressant de continuer à suivre l’évolution de la courbe violette du graphique ci-dessus au cours des prochaines années. Elle symbolise le désintérêt croissant de la communauté internationale face au changement climatique.
Traduction : Eric Vieira

Marcel Crok
Marcel Crok est un journaliste scientifique néerlandais qui se consacre à plein temps à l’écriture sur le débat climatique et les politiques climatiques depuis un article primé en 2005 sur le fameux graphique en forme de crosse de hockey. Il a publié deux ouvrages en néerlandais : « De Staat van het Klimaat » (L’État du climat) et « Ecomodernisme », dont il est co-auteur. Avec le chercheur indépendant britannique Nic Lewis, il a rédigé un rapport exhaustif sur la sensibilité climatique, intitulé « A Sensitive Matter » (Une question sensible). Le gouvernement néerlandais lui a demandé de devenir expert examinateur du 5e rapport d’évaluation du GIEC (AR5). En collaboration avec les instituts néerlandais de recherche climatique KNMI et PBL, Crok a créé la plateforme de discussion internationale « Climate Dialogue ».
En 2019, Crok et le professeur émérite Guus Berkhout ont fondé la Fondation Clintel. Ils ont publié la Déclaration mondiale sur le climat, qui a été signée depuis par plus de 2 000 scientifiques et experts. Avec Andy May et une équipe de scientifiques du réseau Clintel, Crok a contribué à l’ouvrage « The Frozen Climate Views of the IPCC » (Les points de vue figés sur le climat du GIEC) et en a assuré la direction éditoriale.
L’article que vous venez de lire a été rendu possible grâce à nos donateurs.
Clintel publie quotidiennement des articles sur le climat, l’énergie et les sciences. Nous traduisons et diffusons également des analyses internationales en plusieurs langues, produisons des vidéos, publions des rapports et organisons des conférences et des événements dans le monde entier.
Nous ne recevons aucun financement public et dépendons entièrement du soutien de nos donateurs. Votre soutien nous permet de promouvoir la recherche indépendante et de contribuer à un débat plus ouvert et équilibré sur les questions climatiques et énergétiques.
Souhaitez-vous soutenir notre travail ? Choisissez l’option qui vous convient le mieux :
- Devenez Ami de Clintel – soutenez-nous par une contribution annuelle
- Faites un don régulier – apportez-nous un soutien continu et aidez-nous à planifier l’avenir
- Faites un don ponctuel – chaque contribution compte
Merci pour votre soutien.
more news
Roger Pielke Jr.: “Don’t accept the label climate sceptic so easily”
In his first of two recent lectures for Clintel, Roger Pielke Jr. examined the politicized debate over climate change. His central argument was that climate change is real and deserves serious attention, but that public discussion frequently goes far beyond what the scientific evidence supports. He also described how he was a target of political attacks, including some from the Obama White House.
Australian Bureau of Meteorology in trouble for copy-pasting temperature records
Jennifer Marohasy gives an update about the scandal surrounding the temperature records of the Australian Bureau of Meteorology. Its digital file showed August 1867 and August 1907 as identical on all 31 days, to a tenth of a degree. But that’s not the only problem.
The Climate Narrative is Collapsing
The climate house of cards is collapsing, as became clear last week at the IPCC meeting in Ethiopia. The climate narrative has never had any substance, and now that the flow of funding is being cut off, there will soon be nothing left, says Wim Röst, Chair of the Clintel Board.
The post Sous un scénario de « statu quo », le GIEC fera bientôt faillite appeared first on Clintel.
Please consider helping!
Awake Freedom TV On Roku is Broken! 🙂

I could no longer maintain the costs on my own, so I moved the off of a dedicated server which was needed for the TV platform to work. On top of that, I want to build an app Awake Freedom TV app, for mobile phones. We need your help to first resurrect our TV channel, and then build the mobile app. In order to do that, I need a minimum of 800/month on subscription payments. Please help anyway you can with the form below.











Leave A Comment