L’Inde au cartel climatique : ne comptez plus sur nous…
L’un des événements marquants de cette année aurait dû être le rejet explicite par l’Inde du mouvement mondial pour la neutralité carbone, affirme Vijay Jayaraj.
Il arrive qu’une information soit reléguée au second plan non pas par complot des rédacteurs, mais parce que l’actualité ne peut traiter qu’une seule crise à la fois. Cette année, l’actualité majeure a été la guerre en Iran. Mais même en tenant compte des autres gros titres, le silence qui entoure cet événement pourtant crucial est révélateur.
Et c’est l’histoire de la réjection catégorique de l’Inde du mouvement mondial pour la neutralité carbone. L’Inde a renoncé à accueillir la COP33, la conférence des Nations Unies sur le climat, et la presse climatique internationale a minimisé cette décision, la reléguant au second plan au lieu d’y voir le signal qu’elle représente.
L’Inde avait passé des années à affirmer son rôle croissant dans l’élaboration des politiques climatiques, et l’organisation de la COP33 représentait pour son gouvernement ce qui s’apparentait le plus à un couronnement. Puis, discrètement, sans explication publique, l’Inde a retiré sa candidature. Aucune conférence de presse. Aucune explication. Un gouvernement qui se retire simplement d’un rôle pour lequel il avait œuvré pendant des années.
La vérité est que l’Inde a calculé le coût d’une transition vers la neutralité carbone pour une population de 1,4 milliard d’habitants qui sort de la pauvreté, et le constat est alarmant. L’idée que l’Inde doive entraver son économie en adoptant des politiques climatiques restrictives, alors que sa population est encore aux prises avec des déficits énergétiques, est illogique et moralement indéfendable.
Les données que l’Inde n’a pas besoin d’un sommet pour voir
De plus, l’idée d’une dégradation rapide de l’environnement indien due à la consommation d’énergie est manifestement fausse. Les indicateurs environnementaux de l’Inde ne corroborent pas le discours apocalyptique des obsédés climatiques.
Pendant des années, les hydrologues et les modéliseurs du climat se sont appuyés sur les estimations des chutes de neige himalayennes pour prévoir la disponibilité en eau pour des centaines de millions de personnes dans les plaines du Gange, les plus fertiles de l’Asie du Sud. Leurs projections d’une Inde beaucoup plus sèche se sont avérées erronées.
Une équipe de chercheurs, comprenant des scientifiques du British Antarctic Survey, du Met Office britannique et de l’Institut indien de technologie de Kharagpur, ont utilisé des lacs gelés d’altitude comme capteurs de pression naturels, plutôt que de se fier aux pluviomètres conventionnels sous-dimensionnés. Leurs conclusions sont surprenantes : au cours d’un seul hiver, les meilleurs modèles de chutes de neige disponibles ont sous-estimé de 37 % les chutes de neige saisonnières dans la région du lac Hampta, dans l’Himachal Pradesh. Cette étude, validée par des pairs démontre clairement que les instruments conventionnels ont sous-estimé d’importants volumes de neige depuis des décennies.
Il y a ensuite la question de la végétation, qui contredit encore plus fortement le discours catastrophiste. Des chercheurs de l’Institut indien de météorologie tropicale ont modélisé la réaction du paysage indien face à un avenir marqué par de fortes émissions, en utilisant la même famille de modèles informatiques que celle invoquée par les militants écologistes lorsqu’ils mettent en garde contre une catastrophe.
Le résultat n’a pas été la désertification. C’était le contraire. La production primaire brute, qui mesure la quantité de dioxyde de carbone absorbée par les forêts, les terres cultivées et autres végétaux de l’Inde, est passée d’environ 729 grammes de carbone par mètre carré et par an en 1985 à environ 830 en 2014 et devrait presque doubler, pour atteindre environ 1 305 d’ici 2100.
Tigres et lions
À cela s’ajoutent l’expansion constante de la couverture forestière indienne au cours des deux dernières décennies et le rétablissement des populations d’espèces menacées telles que les tigres et les lions d’Asie, des succès résultant de la conservation et de la gestion des habitats plutôt que des impératifs de décarbonation.
Tout cela signifie que l’Inde a cessé de déléguer son jugement environnemental à un processus onusien qui considère chaque baril de pétrole et chaque tonne de charbon comme une atteinte à la morale, indépendamment de leur utilité pour éclairer un dispensaire pour enfants ou alimenter une aciérie employant des milliers de personnes. Un pays qui compte encore des centaines de millions de citoyens sans accès fiable à l’électricité ne peut se permettre de considérer la précarité énergétique comme un compromis acceptable pour jouer un rôle de premier plan dans le complexe climato-industriel.
C’est pourquoi l’Inde a accru sa production de charbon et conclu des accords pétroliers et gaziers avec les États-Unis et les pays producteurs du Golfe persique. Elle a refusé d’imposer des objectifs contraignants en matière d’émissions qui limiteraient sa croissance industrielle, se montrant réticente à s’engager sur des objectifs de réduction des émissions à long terme. Le renoncement de l’Inde à l’organisation de la COP33 est peut-être l’expression la plus visible d’une orientation stratégique qui se dessine depuis des années.
Un pays que tout l’édifice du financement climatique est censé aider vient de refuser d’organiser la fête. Si les sommets sur le climat fonctionnaient comme prévu, ce serait impensable. Mais ce n’est plus le cas, et prétendre le contraire ne rendra pas le prochain retrait moins prévisible.
Cet article a été initialement publié sur American Greatness le 1er août 2026.

Vijay Jayaraj
Vijay Jayaraj est chercheur associé à la CO₂ Coalition, à Fairfax, en Virginie. Il est titulaire d’une maîtrise en sciences de l’environnement de l’Université d’East Anglia et d’un diplôme d’études supérieures en gestion de l’énergie de l’Université Robert Gordon, toutes deux situées au Royaume-Uni, ainsi qu’une licence en ingénierie de l’Université Anna, en Inde. Il a également été chercheur associé au sein de l’Unité de Recherche sur les Océans en Mutation de l’Université de Colombie-Britannique, au Canada.
Traduction : Eric Vieira
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