L’ancien chef du MI6 : La transition énergétique expose dangereusement le Royaume-Uni
L’ancien chef du MI6, Sir Richard Dearlove, a averti que l’approche britannique en matière d’énergie a exposé le pays dangereusement aux États hostiles, arguant que les considérations de sécurité nationale ont été reléguées au second plan dans la poursuite de l’objectif zéro émission nette.
Lors de la conférence annuelle 2026 de la GWPF (Global Warming Policy Foundation), intitulée « Sécurité énergétique : au gré du vent », Sir Richard Dearlove a déclaré que le Royaume-Uni avait laissé son système énergétique devenir de plus en plus dépendant de la production étrangère, des composants importés et d’un système électrique dont la production dépend de plus en plus des conditions météorologiques.
Vous pouvez consulter la présentation complète ci-dessous :
L’argument principal de Dearlove ne portait pas essentiellement sur la climatologie. Il a explicitement reconnu ne pas être un scientifique et a déclaré laisser le débat scientifique à d’autres. Son expertise, a-t-il souligné, résidait dans la sécurité nationale et la géopolitique, fondées sur 38 années d’expérience au sein des services de renseignement et une vaste expérience des relations avec les gouvernements et les organisations de renseignement étrangères.
De ce point de vue, il affirmait que la vulnérabilité énergétique du Royaume-Uni devait être considérée comme un problème stratégique. Les phénomènes météorologiques extrêmes et le changement climatique, expliquait-il, étaient des risques naturels auxquels les gouvernements devaient se préparer, mais il ne fallait pas les confondre avec les menaces posées par des États hostiles. Le point crucial résidait dans la vulnérabilité des infrastructures britanniques et la possibilité que des pays comme la Russie et la Chine puissent exploiter ces failles.
Dearlove a rejeté l’idée que la sécheresse, les vagues de chaleur et autres phénomènes météorologiques extrêmes de l’été dernier devraient automatiquement déterminer l’orientation de la politique énergétique. Selon lui, de tels événements ne constituent pas un point de départ logique pour une évaluation de la sécurité énergétique. Les gouvernements devraient plutôt adopter une vision stratégique qui distingue les aléas naturels des actions délibérées de puissances hostiles.
Il a identifié trois dimensions de la sécurité nationale : les menaces directes émanant d’États hostiles ; les vulnérabilités dues aux faiblesses des infrastructures et des politiques gouvernementales ; et les menaces que les gouvernements n’ont pas su identifier avec précision ni anticiper. Dans le secteur de l’énergie, c’est principalement la deuxième catégorie – et son exploitation potentielle par des puissances étrangères – qui le préoccupait.
Les dimensions chinoises et russes
Une part importante de l’argumentation de Dearlove portait sur la Chine. S’appuyant sur sa propre expérience des relations avec les autorités chinoises, il décrivait le Parti communiste chinois comme étant extrêmement conscient des vulnérabilités et habile à exploiter les faiblesses d’autres sociétés. Il citait notamment le Département du travail du Front uni, qu’il présentait comme un instrument majeur pour façonner les environnements politiques et sociaux à l’étranger de manière à servir les intérêts chinois.
Dearlove a soutenu que les pays occidentaux devraient accorder une plus grande attention à ce genre d’activités. Il a évoqué le concept de « mesures actives », historiquement associé aux tentatives soviétiques d’instrumentaliser les mouvements politiques et sociaux dans les pays occidentaux. Selon lui, les capacités développées pendant la Guerre froide demeurent pertinentes, la Russie et la Chine disposant toutes deux d’importantes organisations dédiées à l’influence et à la compétition stratégique.
Il a inclus ce qu’il a appelé le « catastrophisme climatique » parmi les mouvements ayant acquis une influence considérable dans les sociétés occidentales. Son argument n’était pas que chaque organisation environnementale ou campagne pour le climat soit contrôlée par une puissance étrangère. Il a plutôt mis en garde contre le risque que les mouvements idéologiques deviennent des vulnérabilités exploitées par les services de renseignement étrangers, à l’instar de ce que l’Union soviétique avait fait avec les mouvements politiques occidentaux durant la Guerre froide.
La Russie, cependant, représentait une menace plus immédiate et conventionnelle, selon Dearlove. Il a souligné les capacités du pays en matière de guerre sous-marine, notamment ses investissements de longue date dans le développement de la capacité à neutraliser les câbles, les pipelines et les interconnexions électriques sous-marines. Dans un système énergétique de plus en plus interconnecté, les dommages causés à de telles infrastructures pourraient avoir des conséquences bien au-delà de la cible immédiate.
Dearlove a donc exhorté les responsables politiques à dépasser les arguments habituels concernant les subventions aux énergies renouvelables, les combustibles fossiles et les objectifs de neutralité carbone. Sa principale préoccupation était la résilience du système en cas de perturbation délibérée des infrastructures critiques.
« En tant que nation, nous nous sommes imprudemment approchés du bord du précipice, et les adversaires que j’ai décrits sont prêts à nous aider à le franchir », a-t-il déclaré.
La désindustrialisation comme vulnérabilité stratégique
Pour Dearlove, l’un des problèmes les plus profonds auxquels la Grande-Bretagne est confrontée n’est pas simplement la composition de sa production d’électricité, mais la perte de la capacité industrielle qui soutenait autrefois le système énergétique.
Il a cité des chiffres fournis par l’analyste énergétique John Constable, qui montrent une baisse spectaculaire de la consommation d’énergie industrielle britannique. Entre 1974 et 2025, la consommation finale industrielle aurait chuté d’environ 70 % en valeur absolue, tandis que sa part dans la consommation énergétique nationale est passée de 41 % à 14 %. La Grande-Bretagne est ainsi passée d’une économie industrielle majeure à ce que Dearlove a décrit comme un centre de consommation, de plus en plus dépendant des importations.
Cette transformation a créé une vulnérabilité stratégique car la Grande-Bretagne ne possède plus la base industrielle nécessaire pour reconstruire rapidement son infrastructure énergétique après une perturbation majeure.
Par exemple, les transformateurs de grande taille peuvent désormais mettre environ deux ans à arriver, selon Dearlove, contre sept à quatorze mois avant 2020. Les générateurs peuvent nécessiter jusqu’à trois ans. Plus fondamentalement encore, certains matériaux critiques sont de plus en plus concentrés en Chine. L’acier électrique à grains orientés (GOES), essentiel aux transformateurs et sans substitut direct, est produit à grande échelle en Chine, tandis que les capacités de production européennes ont diminué.
Cela signifie que la Grande-Bretagne peut conserver les compétences techniques nécessaires à la conception et à l’assemblage d’équipements essentiels pour le réseau électrique sans pour autant contrôler les chaînes d’approvisionnement requises pour leur fabrication. En cas de crise grave, le pays pourrait donc se retrouver en concurrence avec d’autres nations pour l’acquisition d’équipements et de matériaux.
« Il ne nous reste que très peu d’industries à protéger et nous ne pouvons pas reconstruire des industries inexistantes situées dans des juridictions étrangères hors de notre portée », a averti Dearlove.
Le problème dépasse le cadre du réseau électrique. Les sociétés modernes dépendent de l’électricité pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement, les réseaux de gaz, les chemins de fer, les transports souterrains, la signalisation routière et les communications. Une panne prolongée du réseau pourrait donc engendrer une crise sociétale bien plus vaste.
Dearlove a souligné l’importance particulière de la Chine en raison de son approche stratégique visant à créer des interdépendances économiques. Il a cité la domination chinoise sur la production de terres rares et la diffusion mondiale de sa technologie de télécommunications comme exemples de la manière dont les relations économiques peuvent potentiellement générer un levier géopolitique.
Le « piège énergétique »
L’ancien chef du renseignement a établi un parallèle entre la situation actuelle et celle de la Guerre froide. À cette époque, les stratèges britanniques et occidentaux estimaient que le potentiel militaire d’un pays dépendait fortement de sa base industrielle. Malgré la vulnérabilité des approvisionnements en carburant, la capacité industrielle sous-jacente de réparer et de reconstruire les infrastructures demeurait intacte.
Cette hypothèse, selon Dearlove, n’est plus valable.
La Grande-Bretagne est passée d’une économie industrielle, caractérisée par un secteur manufacturier important, flexible et énergivore, à une économie dominée par les services, les transports et la consommation. De ce fait, sa capacité à absorber une pénurie d’électricité par une réduction temporaire de la demande industrielle s’en trouve diminuée. Une économie de consommation moderne ne peut pas simplement mettre les usines à l’arrêt, car nombre d’entre elles n’existent plus.
Cela crée ce que Dearlove a appelé un « piège énergétique ». La Grande-Bretagne est à la fois plus dépendante d’infrastructures complexes et moins capable de réparer ces infrastructures de manière indépendante en cas de panne.
Il a soutenu que cette vulnérabilité s’était créée progressivement et non par un complot délibéré. Selon lui, les gouvernements successifs ont laissé décliner les capacités industrielles et énergétiques du pays sans tenir suffisamment compte des conséquences pour la sécurité nationale.
« La première responsabilité d’un gouvernement est la sécurité de la nation. Or, les gouvernements successifs l’ont oublié, et la Grande-Bretagne est aujourd’hui prise au piège énergétique, qu’elle a elle-même créé. »
Une « grande stratégie » nationale pour l’énergie
Dearlove a conclu en appelant à un changement fondamental dans la façon dont la Grande-Bretagne conçoit l’énergie. Plutôt que de se contenter de débattre de l’opportunité ou non de la neutralité carbone, il a proposé d’élaborer une « grande stratégie » nationale pour la sécurité énergétique.
Une telle stratégie permettrait d’identifier les vulnérabilités critiques, les points de défaillance uniques et les dépendances vis-à-vis des fournisseurs étrangers. Elle examinerait également si la Grande-Bretagne dispose de plans de contingence suffisants en cas de perturbation des infrastructures ou des chaînes d’approvisionnement essentielles.
Il a suggéré d’intégrer des exceptions liées à la sécurité nationale au cadre de la neutralité carbone, permettant ainsi au gouvernement de suspendre ou de modifier les objectifs climatiques lorsqu’ils entrent en conflit avec des impératifs de sécurité essentiels. Il a également plaidé pour la reconstruction des industries stratégiques nécessaires au maintien de l’infrastructure énergétique du pays et au renforcement de la capacité du Royaume-Uni à se défendre et à soutenir les démocraties alliées.
Dearlove a reconnu que la reconstruction des capacités industrielles serait difficile et pourrait prendre au moins une génération. Il a également souligné que l’État lui-même n’était peut-être pas le mieux placé pour y parvenir. Néanmoins, il a affirmé que les bénéfices à long terme seraient considérables.
Son argument représente en définitive un changement d’orientation : plutôt que de se demander uniquement à quelle vitesse la Grande-Bretagne peut décarboner son système énergétique, les décideurs politiques devraient également se demander ce qui se passe si ce système est perturbé – et si le pays possède encore la capacité industrielle de se rétablir.
Pour Dearlove, la réponse est de plus en plus gênante. La Grande-Bretagne est devenue dépendante des chaînes d’approvisionnement mondiales pour ses infrastructures énergétiques critiques, tout en menant une politique énergétique qui, selon lui, ne tient pas suffisamment compte de la concurrence géopolitique.
La solution qu’il propose n’est donc pas un simple changement du mix énergétique, mais une réévaluation plus large de l’énergie en tant qu’élément de la défense nationale. La Grande-Bretagne, a-t-il affirmé, doit recouvrer sa capacité à résister aux perturbations, à maintenir ses infrastructures critiques et, à terme, à reconstruire ce qu’elle pourrait perdre.
« La tâche est urgente », a conclu Dearlove. « Le gouvernement devrait en faire l’une de ses priorités absolues. »
Traduction : Eric Vieira
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