L’analogie entre le président Mao et les dirigeants occidentaux actuels
Il est impossible de ne pas remarquer l’analogie entre les événements qui ont conduit à la Grande Famine en Chine en 1958-1962 et la catastrophe énergétique actuelle imposée à divers États américains et autres pays occidentaux par une clique tout aussi ignorante d’idéologues politiques, déclare Francis Menton.
Comme je l’ai déjà mentionné, je lis actuellement la trilogie de Frank Dikötter sur l’histoire de la Chine sous le régime de Mao Zedong (1949-1976). Parmi ces trois ouvrages, celui qui couvre la période centrale de 1958 à 1962 s’intitule « La Grande Famine de Mao ». Mao et ses acolytes avaient baptisé ces années « Le Grand Bond en avant ».
Ce livre raconte une histoire essentielle, facilement accessible, qui révèle des informations cruciales sur le fonctionnement du monde réel, informations que tous nos jeunes diplômés des grandes écoles semblent avoir complètement ignorées. En résumé, une clique d’idéologues politiques, ignorant de tous les réalités de la production, s’empare des grandes décisions économiques. Ils croient avoir des idées géniales pour transformer l’économie et tout améliorer. Rapidement, la production s’effondre et la population meurt de faim.
Il est impossible de ne pas remarquer la ressemblance frappante entre les événements qui ont conduit à la catastrophe chinoise et le désastre énergétique actuel imposé à divers États américains et autres pays occidentaux par une clique tout aussi ignorante d’idéologues politiques.
« Grand bond en avant »
Le « Grand Bond en avant » chinois s’est principalement concentré sur trois grands secteurs d’activité économique : l’irrigation, la sidérurgie et l’agriculture. Ces trois initiatives ont toutes échoué, pour des raisons similaires. Dans les domaines de l’irrigation et de la sidérurgie, d’immenses ressources ont été gaspillées, mais l’échec de ces projets n’a ramené le pays qu’à son point de départ. Quant aux projets agricoles, leur échec a entraîné la mort de dizaines de millions de personnes par inanition. C’est donc sur eux que je me concentrerai dans cet article.
D’après Dikötter, Mao et son entourage étaient de fervents communistes. Ils pensaient qu’une fois le peuple organisé en communes et correctement encadré par une autorité supérieure, le « communisme » s’instaurerait rapidement. Dans cette conception, le « communisme » désignait une situation de production si illimitée que les biens pourraient être distribués « à chacun selon ses besoins », selon la formulation marxiste.
Pourtant, en 1957, l’Union soviétique, sous Staline puis Khrouchtchev, peinait depuis près de quarante ans, sans atteindre cette utopie. Mao envisageait pour la Chine une transformation rapide vers le « communisme » grâce à sa vision éclairée. En 1957, il décréta que la transition vers le communisme serait considérablement accélérée et réalisée en quelques années seulement, dans le cadre de ce qu’il appela le Grand Bond en avant.
Agriculture
Mais comment y parvenir ? Dans le domaine agricole, Mao a soutenu deux grandes idées pour multiplier les rendements agricoles. Il s’agissait de la « culture dense » et du « labour profond ».
La « culture dense » consistait simplement à planter beaucoup plus de graines ou de pousses sur la même surface. Évidemment, cela se traduisait par des rendements bien supérieurs, n’est-ce pas ? Extrait de « La Grande Famine de Mao », page 39 :
Une forte concentration de semences a été plantée dans le but d’obtenir des rendements plus élevés. À titre d’exemple, à Diaofang, dans le Guangdong, jusqu’à 600 kilos de semences ont été semés par hectare dans des zones montagneuses et arides. La culture intensive était la pierre angulaire de ces techniques culturales innovantes. Le président Mao expliquait : « En groupe, ils grandissent plus facilement. En groupe, ils seront plus à l’aise. » Les villageois ont reçu pour instruction de repiquer les pousses de riz des parcelles adjacentes sur la parcelle expérimentale.
Puis vint le « labour profond ». Au lieu d’utiliser une charrue pour retourner seulement quelques centimètres de terre, on retournait la terre jusqu’à une profondeur de trente centimètres, voire soixante ou quatre-vingt-dix. Sur la page 39 :
Le labour profond était une autre méthode révolutionnaire censée libérer les agriculteurs des aléas du sol. Plus la plantation était profonde, plus les racines étaient fortes et les tiges hautes : tel était le principe derrière cette expérience. « Utilisez des vagues humaines et retournez chaque champ », ordonnait Mao… En septembre 1958, quelque 8 millions d’hectares avaient été labourés à une profondeur d’environ 30 centimètres, mais les dirigeants exigeaient encore davantage.
Ces idées prétendument brillantes, approuvées par le président, étaient en réalité des projets farfelus qui n’ont fait que réduire les rendements au lieu de les augmenter. Extrait de la page 40 :
Les villageois, bien sûr, le savaient mieux : ils ont cultivé la terre depuis des générations et savaient comment prendre soin d’une ressource précieuse dont dépendaient leurs moyens de subsistance.
En juillet 1958, le Premier ministre soviétique Nikita Khrouchtchev rendit visite à Mao à Pékin. Dikötter décrit cette visite aux pages 44 et 45. Mao invita Khrouchtchev à se baigner dans la piscine. Mao était un bon nageur, mais Khrouchtchev ne savait pas nager.
Après avoir pataugé avec une grosse bouée de sauvetage dans la partie peu profonde, Khrouchtchev a fini par sortir de la piscine en rampant et en se débattant sur le bord, les jambes pendantes dans l’eau, tandis que Mao nageait d’avant en arrière, montrant différentes nages à son invité avant de se retourner sur le dos et de flotter confortablement dans l’eau.
Mao commença alors à se vanter du succès attendu du Grand Bond en avant :
Nageant sur place alors que son invité était assis, abattu, au bord de la piscine, le président évoquait le succès du Grand Bond en avant. « Nous avons tellement de riz que nous ne savons plus quoi en faire », se vantait-il. « Ce qui nous préoccupe désormais, ce n’est plus tant le manque de nourriture que la gestion de ce surplus de céréales. »
Promesses
Mais en réalité, la récolte massive n’eut jamais lieu. Mao avait exigé des dirigeants de toutes les régions et provinces qu’ils s’engagent sur des quantités de céréales qu’ils allaient produire. Les dirigeants régionaux se livrèrent à une surenchère, faisant des promesses ridicules qu’ils ne pouvaient tenir. Sur la page 37 :
En 1958, toute la Chine était en proie à une véritable frénésie d’objectifs, tandis que des chiffres fantaisistes de production agricole et industrielle rivalisaient d’ingéniosité pour capter l’attention. Ces affirmations étaient brandies lors des réunions du Parti et diffusées par une puissante machine de propagande. À titre d’exemple, à Chayashan, dans le Henan, un objectif de 4 200 kilos de blé par hectare fut fixé en février 1958. À la fin de l’année, un niveau totalement fictif de 37,5 tonnes par hectare fut promis.
Pour rendre ces chiffres plus accessibles, 4 200 kilos/hectare représentent plus de 150 boisseaux par hectare, ce qui dépasse les rendements américains moyens, même aujourd’hui malgré des décennies de progrès agricoles, et était nettement le double, voire plus, des performances que la Chine pouvait réaliser dans les années 1950. 37,5 tonnes par hectare est encore plus élevé, prèsque dix fois plus.
Que s’est-il donc réellement passé ? La collectivisation ayant anéanti toute incitation à produire (et la main-d’œuvre agricole étant détournée vers des projets d’irrigation et de sidérurgie tout aussi farfelus), les rendements ont chuté au lieu d’augmenter. Or, le Parti avait besoin de céréales pour nourrir la population urbaine et obtenir des devises étrangères afin d’acquérir du matériel industriel pour lancer une économie industrielle. Le gouvernement central a réquisitionné les céréales des campagnes conformément aux quantités promises. Il ne restait donc rien pour les communautés rurales, où des dizaines de millions de personnes sont mortes de faim.
Eh bien ici, à New York, nous avons des politiciens qui n’y connaissent rien au fonctionnement d’un réseau électrique et qui ordonnent de remplacer, d’ici quelques années, le système de production d’électricité actuel par un nouveau système basé sur la production intermittente d’énergie éolienne et solaire. Et New York n’est pas un cas isolé. Des régions comme la Californie, une grande partie de l’Europe et l’Australie sont en proie aux mêmes illusions. Il suffirait de construire suffisamment d’éoliennes et de panneaux solaires, de fermer les centrales thermiques à combustibles fossiles et tout irait pour le mieux. Ce n’est pas si différent de quelqu’un qui n’a jamais cultivé la terre qui vous ordonne de doubler votre rendement à l’hectare en semant deux fois plus de graines.
Traduction : Eric Vieira
Cet article a été initialement publié sur Manhattan Contrarian le 29 septembre 2026.

Francis Menton
Le 31 décembre 2015, Francis Menton a pris sa retraite après plus de 40 ans (dont 31 en tant qu’associé) au sein du cabinet d’avocats Willkie Farr & Gallagher LLP. Il peut désormais consacrer davantage de temps à son blog, Manhattan Contrarian. Il y publie des articles « rebelles » depuis le quartier de West Village à Manhattan, où, selon lui, les habitants souffrent d’une « orthodoxie politique et idéologique étouffante ». Vous pouvez suivre Francis Menton sur Twitter en cliquant sur ce lien.
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