Le remplissage les réservoirs de gaz allemands d’ici le début de la saison de chauffage sera difficile
Les stocks de gaz allemands seront-ils suffisants pour l’hiver prochain ? Dans sa dernière lettre d’information, le Dr Fritz Vahrenholt analyse les niveaux de stockage exceptionnellement bas et explique pourquoi les décisions politiques pourraient menacer de plus en plus l’approvisionnement en gaz de l’Allemagne.
Installations en surface du stockage souterrain de gaz naturel d’Empelde, près de Hanovre. Photo : Gerd Fahrenhorst / Wikimedia Commons / CC BY 3.0, détail.
Prof. Dr. Fritz Vahrenholt
Date: 15 juillet 2026
Tout d’abord, comme toujours, l’évolution des températures.
La température mondiale est désormais supérieure de 0,46 degré Celsius à la moyenne pluriannuelle. L’agence américaine d’observation des océans (NOAA) a déjà constaté des conditions El Niño dans le Pacifique, qui devraient perdurer jusqu’au printemps prochain. Les périodes El Niño s’accompagnent généralement d’un écart de température mondial de 0,2 degré Celsius. La hausse moyenne des températures depuis 1979 s’est élevée à 0,16 degré Celsius par décennie.
Aujourd’hui, nous nous penchons sur l’approvisionnement en gaz de l’Allemagne, qui devient de plus en plus difficile.
Le remplissage des réservoirs de gaz allemands d’ici le début de la saison de chauffage sera difficile
Le niveau de remplissage des stocks de gaz allemands n’est actuellement que de 44 %. Ce chiffre est nettement inférieur à la moyenne à long terme, car les niveaux de remplissage s’élevaient auparavant à 60 % à cette période. D’une part, le remplissage de 2026 a démarré à un niveau très bas, d’environ 20 %. D’autre part, les exploitants de stockages de gaz hésitent à acheter du gaz, car les prix sont élevés depuis la crise du détroit d’Ormuz. Le modèle économique des exploitants consistait à acheter du gaz à bas prix en été pour le revendre en hiver à un prix généralement plus élevé. Aujourd’hui, c’est même le contraire qui menace de se produire. Si la situation dans le golfe Persique venait à s’apaiser, les prix du gaz seraient plus bas en hiver qu’en été, ce qui exposerait les exploitants à des pertes.
L’association des exploitants de sites de stockage INES a donc annoncé en juillet que, d’un point de vue technique, il ne serait plus possible d’atteindre qu’un niveau de 76 % d’ici la saison de chauffage. Les exploitants constatent : « L’évolution actuelle des prix n’incite guère au stockage de gaz et met ainsi en péril la sécurité d’approvisionnement pour l’hiver à venir. »
Dans le cas d’un hiver rigoureux, l’association prévoit d’ores et déjà une pénurie de gaz pouvant atteindre 2 térawattheures par jour en février/mars 2027. Il manquerait alors jusqu’à 40 % des besoins quotidiens en gaz naturel de l’Allemagne. Dans ce cas, l’industrie, qui consomme environ 2 térawattheures de gaz par jour, risquerait de voir son approvisionnement en gaz interrompu. M. Heinermann, directeur général de l’INES, estime que les risques augmenteraient considérablement en cas d’un hiver exceptionnellement rigoureux : « C’est pourquoi il faut dès aujourd’hui mettre en place les conditions nécessaires pour remplir davantage les stockages ».
Le taux d’injection quotidien dans les stockages s’élève actuellement à 0,2 %. À ce rythme-là, le taux de remplissage n’atteindrait même pas 70 % d’ici le 1er novembre (dans 120 jours).
Le graphique de l’Agence fédérale des réseaux montre à quel point la situation est tendue. L’Agence fédérale des réseaux affirme toutefois que la sécurité d’approvisionnement est garantie.
L’Allemagne continue d’importer des quantités importantes de gaz en provenance de Russie
L’Allemagne ne s’approvisionne qu’à hauteur de 10 à 13 % en gaz naturel via ses terminaux GNL tant vantés. Mais environ 40 % du gaz naturel provient des Pays-Bas et de la Belgique, où il est débarqué sous forme de GNL avant d’être acheminé vers l’Allemagne par gazoduc. On évoque rarement le fait que la Belgique s’approvisionne à hauteur de 40 % de ses importations de GNL en provenance de Russie via Zeebruges, tout comme les Pays-Bas, qui en importent 13 %. À cet égard, nous continuons donc à importer indirectement des quantités considérables de gaz russe. La France importe un tiers de son GNL de Russie (voir le graphique ci-dessous : Pays-Bas en jaune, Belgique en violet, France en bleu, source : IEEAE-LNG-Tracker). Selon les plans de l’UE, ces importations devraient prendre fin à compter du 1er janvier 2027. Cela se traduira alors probablement par une hausse des prix.
Importations de gaz russe aux Pays-Bas (jaune), en Belgique (violet) et en France (bleu), en milliards de mètres cubes par mois
La ministre Reiche prévoit une réserve d’urgence de gaz dès 1er janvier 2027 – mais la fracturation hydraulique reste interdite
Le ministère fédéral de l’Économie prévoit de constituer une réserve stratégique de gaz naturel, afin d’être mieux préparé aux crises d’approvisionnement en gaz. Cette réserve de gaz devrait s’élever à 24 térawattheures, soit environ 10 % de la capacité de stockage de gaz allemande. Les coûts liés à l’achat et au stockage du gaz devraient s’élever à environ 1,5 milliard d’euros, qui seront financés par une majoration des prix du gaz pour les consommateurs. La loi correspondante devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2027.
Cette mesure ne peut être écartée d’emblée. Il ne faut toutefois pas oublier que la politique énergétique menée par les quatre derniers gouvernements fédéraux a considérablement accru la vulnérabilité de l’approvisionnement en gaz face aux crises. En effet, en raison de l’abandon du nucléaire et de la nécessité de disposer d’une solution de secours pour l’énergie éolienne et solaire, de nombreuses centrales à gaz devront être construites dans les années à venir. L’Agence fédérale des réseaux a déclaré que la sécurité d’approvisionnement en Allemagne ne pourra être garantie que « si des capacités régulables supplémentaires comprises entre 22 400 MW jusqu’à 35 500 MW sont mises en place d’ici 2035 ». Une centrales à gaz d’une puissance de 35 500 MW consomme environ 15 milliards de mètres cubes de gaz supplémentaire (consommation annuelle de l’Allemagne en 2025 : 85 milliards de mètres cubes de gaz).
Pour compliquer encore la situation, le CDU, le SPD, le FDP et les Verts ont jugé bon d’interdire l’extraction de gaz naturel par fracturation hydraulique en Allemagne.
La ministre Reiche pourrait envisager un assouplissement de l’interdiction de la fracturation hydraulique. Mais le chancelier prend ses distances. Il ne veut pas se mettre à dos le ministre des Finances Klingbeil, qui s’est prononcé – à l’instar de l’ensemble du SPD – contre la fracturation hydraulique. La circonscription de Lars Klingbeil (Heidekreis) se trouve dans une région riche en gisements prometteurs de gaz de schiste. La ministre bénéficie désormais d’un soutien de poids grâce à une expertise commandée par la Fondation Friedrich Naumann et réalisée par l’ancien président de l’Institut fédéral des sciences de la Terre et des ressources minérales, le professeur Hans-Joachim Kümpel. Cette expertise, que l’on peut télécharger ici, conclut que :
- la technique d’extraction du gaz de schiste à plus de 1000 m de profondeur exclut tout risque pour les eaux souterraines (jusqu’à 100 m de profondeur)
- le risque sismique lié à la fracturation hydraulique est nettement inférieur à celui de l’extraction traditionnelle du gaz naturel
- l’Allemagne dispose d’un volume total exploitable de 1 000 milliards de mètres cubes, ce qui correspond à une durée d’exploitation de 50 ans pour un volume annuel de 20 milliards de mètres cubes.
- cela serait nettement moins coûteux que le prix actuel sur le marché mondial.
Cette étude est une lecture incontournable pour tous ceux qui s’intéressent à la politique énergétique.
Le règlement européen sur le méthane risque-t-il d’entraîner une interruption des livraisons de gaz naturel ?
L’UE a promulgué un règlement prévoyant que, à compter du 1er janvier 2027, les émissions de méthane liées à l’extraction, au traitement et au transport du pétrole brut et du gaz naturel devront être réduites pour des raisons de protection du climat. Et cette mesure s’appliquera non seulement en Europe, mais aussi dans les pays producteurs non européens.
Ces règles strictes s’appliquent aux importateurs, qui doivent prouver que ces nouvelles normes européennes sont respectées dans les pays producteurs. Alors que des importateurs tels que SEFE, Uniper et Shell préviennent « qu’une part considérable de l’approvisionnement mondial en gaz ne sera de facto pas conforme » et que cela pourrait entraîner d’importantes pénuries d’approvisionnement, l’UE entend faire respecter son règlement en imposant des amendes exorbitantes pouvant atteindre 20 % du chiffre d’affaires annuel. Le 24 juin, les États-Unis, le Qatar, le Nigeria et l’Algérie ont exigé, dans une lettre commune adressée à la Commission européenne, des modifications des règles d’importation, faute de quoi l’Europe s’exposerait à d’énormes risques d’approvisionnement dès la mi-janvier 2027. Après tout, 43 % de la consommation de gaz naturel en Europe est concernée. Le ministre américain de l’Énergie, Chris Wright, a qualifié ces règles de « fous ». Les États-Unis seraient prêts à approvisionner l’Europe, mais pas à ces conditions-là.
La ministre Reiche s’est, à juste titre, prononcée auprès de l’UE en faveur d’une suspension du règlement. Son collègue du SPD, le ministre de l’Environnement Schneider, s’est quant à lui prononcé, au nom du gouvernement fédéral, en faveur du maintien du règlement européen et a publiquement réprimandé sa collègue ministre pour son initiative.
Si nous sommes confrontés à des problèmes d’approvisionnement en janvier 2027, nous saurons à qui nous le devons : à un ministre de l’Environnement obstiné et à un chancelier qui laisse le SPD faire n’importe quoi.
Les articles mentionnés ci-dessus sont tirés de la lettre d’information du Dr Fritz Vahrenholt datée du 15 juillet 2026. Vous pouvez vous abonner à cette lettre d’information sur son site web. Vahrenholt publie également régulièrement des messages sur X sous le nom d’utilisateur @FritzVahrenholt.

Dr. Fritz Vahrenholt
Le Dr Fritz Vahrenholt est chimiste, professeur honoraire à l’université de Hambourg et ancien sénateur chargé de l’environnement à Hambourg (SPD). Il a notamment été directeur de la division Énergies renouvelables de Shell Allemagne et président de RWE Innogy. Aujourd’hui, il publie régulièrement sa « lettre d’information », dans laquelle il analyse les évolutions actuelles en matière de politique climatique et énergétique.
Traduction : Eric Vieira
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