Les lobbyistes “vert foncés” dont personne ne parle
Il existe en Europe un groupe de pression très influent, fondé et basé à La Haye, dont vous n’avez jamais entendu parler : la « European Climate Foundation » (Fondation européenne pour le climat). Dotée d’un budget annuel de plusieurs centaines de millions d’euros, financé par des milliardaires américains, elle milite avec succès pour la neutralité climatique en Europe. Pourtant, les médias restent étrangement silencieux à son sujet.
En tant que directeur de la Fondation Clintel, je suis bombardé chaque semaine sur les réseaux sociaux d’accusations concernant notre financement. On prétend que nous sommes payés par l’industrie pétrolière pour diffuser de la désinformation sur le climat. Ce récit a été habilement colporté peu après la création de Clintel en 2019 par les équipes d’investigation de Follow The Money et de l’émission télévisée Pointer, qui nous a d’ailleurs consacré deux épisodes, car, selon elles, nous étions « très influents » malgré notre jeune âge. Il suffit de taper « Follow The Money Clintel Guus Berkhout Shell » dans Google pour obtenir ce résultat :
Une enquête menée par Follow the Money et Pointer a mis au jour un réseau financier parallèle reliant l’industrie des énergies fossiles à Clintel, la plateforme climatosceptique de Guus Berkhout. Ce dernier a perçu des millions de dollars de dizaines de compagnies pétrolières, dont Shell, pour son consortium Delphi, une partie de ces fonds ayant servi à financer des travaux climatosceptiques.
« La piste du pétrole financier » : il faut reconnaître le talent des journalistes de Pointer et FTM ; ils savent manier les mots avec brio pour créer l’image « idéale ». Lors de leur deuxième émission en 2022, Pointer a affirmé sans ambages que Clintel était financée par l’industrie pétrolière. Exaspéré par les mensonges de Pointer, j’ai intenté un procès contre eux avec un budget très serré. La défense de l’entreprise a été assurée (grâce à des fonds publics) par deux avocats du quartier des affaires Zuidas, à Amsterdam. Le juge a certes réprimandé Pointer sur ce point, mais Clintel a tout de même perdu le procès, car il a estimé que notre correction proposée était insuffisante. Pour beaucoup, cependant, cela ne change rien ; l’accusation « d’être financée par l’industrie pétrolière » reste le moyen le plus simple de nous discréditer.
Fondation européenne pour le climat
Le budget total de Clintel a fluctué ces dernières années entre 200 et 250K par an. Il provient presque exclusivement de donateurs privés. Dans le monde de la collecte de fonds, de telles sommes ne susciteront guère d’intérêt. Même si l’industrie pétrolière nous finançait (ce qui n’est pas le cas), son investissement serait minime. Aux Pays-Bas, le Milieudefensie dispose à lui seul d’un budget annuel d’environ 30 millions d’euros, dont près de 3 millions proviennent directement du gouvernement.
Mais aujourd’hui, je souhaite vous parler d’une autre organisation, la European Climate Foundation (ECF) (Fondation européenne pour le climat), fondée et basée à La Haye en 2008. Demandez à dix passants choisis au hasard dans la rue s’ils connaissent cette organisation, et la réponse sera presque toujours négative. C’est précisément le but recherché. Cette organisation sert d’intermédiaire pour des fonds de lobbying, provenant principalement de philanthropes américains. Combien d’argent ? Des sommes considérables ! Selon sa propre déclaration fiscale, sous son statut ANBI (Agence nationale pour le développement économique), l’ECF a reçu pas moins de 275 millions d’euros (!) de fonds provenant d’autres organisations à but non lucratif en 2023. Voici un aperçu des organisations qui lui ont fait des dons de plusieurs millions d’euros, extrait de son propre site web :
On observe plusieurs très importantes fondations américaines, telles que le « Rockefeller Brothers Fund » (actif total d’environ 1,4 milliard de dollars, dépenses annuelles d’environ 80 millions de dollars), la Fondation « William et Flora Hewlett » (actif de 14,2 milliards de dollars, 625 millions de dollars consacrés chaque année aux subventions) et « Bloomberg Philanthropies », dirigée par le milliardaire Michael Bloomberg (actif estimé à environ 12,1 milliards de dollars, dons annuels estimés à environ 3,7 milliards de dollars à l’échelle mondiale). On trouve également les fondations Laudes et Porticus, toutes deux détenues par la famille Brenninkmeijer (de la chaîne de vêtements C&A). Sans oublier la Loterie nationale néerlandaise des codes postaux.
Desmog
La mission de la European Climate Fondation est très claire. Extrait de son site web :
« Donner aux citoyens de tous les horizons les moyens de créer un monde climatiquement neutre. Nous sommes le plus important fonds climatique d’Europe. Avec des centaines de partenaires, nous catalysons l’action climatique et construisons une Europe sûre, résiliente et démocratique. »
Quel est l’ampleur de leur succès ? Selon l’article « Revealed: Ed Miliband and the shady funding of net zero » paru dans le quotidien britannique The Spectator, il est indéniable : « L’organisation a réussi de façon stupéfiante à influencer les politiques, à contrôler les débats et à annuler les décisions des gouvernements élus devant les tribunaux. Elle a empêché l’exploration pétrolière et gazière en mer du Nord, maintenu les prix de l’énergie à un niveau élevé et accru notre dépendance sur la technologie chinoise. » Dans ce contexte, le terme « organisation » ne désigne pas seulement la Fondation européenne pour le climat, mais un réseau plus vaste de fondations similaires étroitement liées entre elles.
Pour comprendre ce phénomène, prenons l’exemple suivant. Le site web britannique Desmog est une plateforme « journalistique » qui surveille de près la quasi-totalité des climatosceptiques (ou plutôt, qui tente de les discréditer). Si Desmog ne vous a pas encore mentionné, vous n’êtes tout simplement pas considéré comme un climatosceptique. Ainsi, Clintel attire l’attention et deux journalistes néerlandais ont publié un article approfondi sur la conférence Clintel qui s’est tenue à Roelofarendsveen en 2024. Desmog est financé, entre autres, par le Joseph Rowntree Charitable Trust (une importante fondation britannique, qui a octroyé plusieurs subventions de plus de 400 000 £ ces dernières années), la Polden Puckham Charitable Foundation, le Climate Emergency Collaboration Group et la Minor Foundation (une fondation philanthropique norvégienne qui soutient le journalisme climatique). De prime abord, on ne voit aucun financement de la Fondation européenne pour le climat. Mais qui se cache derrière le Climate Emergency Collaboration Group (CECG) ? Le CECG est un consortium regroupant d’importantes organisations philanthropiques œuvrant pour le climat, dont la Fondation IKEA, le Rockefeller Family Fund et le Rockefeller Brothers Fund, qui financent également la Fondation européenne pour le climat (ECF). L’ECF finance par ailleurs la plateforme journalistique britannique Carbon Brief, qui publie des articles de fond sur la science et la politique du climat. Le consortium déclare : « Nous sommes reconnaissants du soutien de la Fondation européenne pour le climat et de la Fondation Meliore, qui nous apportent un financement philanthropique. Par souci de transparence, nous déclarons volontairement que ce financement s’est élevé à 1 892 421 £ en 2025. »
Carbon Brief fait donc partie des plus de 700 organisations bénéficiant d’un financement de l’ECF et se montre, de toute façon, bien plus transparente que l’ECF elle-même. L’ECF ne divulgue ni le montant des fonds reçus, ni leur provenance, ni la répartition de ces fonds entre les différentes causes.
Secret
Le secret qui entoure cette organisation a également attiré l’attention de Florence Autret, une journaliste française basée à Bruxelles. Elle a sollicité un entretien avec la PDG de l’ECF, la Française Laurence Tubiana, dont le salaire annuel est estimé à 500 000 euros. Souvent présentée comme l’architecte de l’Accord de Paris sur le climat, conclu en 2015 et qui a jeté les bases de la politique actuelle de neutralité carbone pour 2050, elle a essuyé des refus pendant des mois. Florence Autret est néanmoins parvenue à faire un portrait précis de l’ECF dans une série d’articles approfondis publiés sur son site web (pas dans un grand quotidien, précisons-le !). Le blog belge Firebreak a traduit son article initial en cinq articles de fond. Le premier s’ouvre sur le résumé suivant : « Ces dix dernières années, une organisation mystérieuse, contrôlée par une poignée de milliardaires philanthropes, a pris le contrôle de la société civile européenne. Autrement dit : elle a pris le contrôle sur l’Union européenne. » Dans ses articles, Florence Autret met en lumière l’immense pouvoir de lobbying de l’ECF. Un graphique issu d’un rapport financé par l’ECF réapparaît, mot pour mot, quelques semaines plus tard dans un rapport de la Commission européenne elle-même – mais sans aucune mention de la source.
Parmi les principaux bénéficiaires des subventions se trouve le Bureau européen pour l’environnement (BEE), une coalition d’ONG et l’une des plus importantes organisations de lobbying à Bruxelles. Le BEE dispose d’un budget annuel de 5,6 millions d’euros et compte pas moins de 32 activistes accrédités au Parlement européen. À titre de comparaison, la CEFIC, l’association professionnelle représentant l’ensemble de l’industrie chimique européenne, en compte 39. D’être accrédité permet d’accéder librement au Parlement, d’assister à toutes les séances publiques, de circuler dans les couloirs des bureaux des députés et de leurs assistants, et de profiter des cafés et restaurants. C’est également une condition préalable pour solliciter un entretien avec un fonctionnaire, un commissaire européen ou un membre du cabinet de la Commission européenne.
Un autre bénéficiaire majeur des subventions de l’ECF est CAN Europe, la branche européenne du « Climate Action Network » (Réseau Action Climat). Cette organisation faîtière joue un rôle clé au sein de la société civile lors des conférences annuelles des Nations Unies sur le climat (COP). CAN Europe affirme rassembler 1 500 ONG et de représenter 47 millions de citoyens. L’ECF est de loin le principal bailleur de fonds : en 2021, il a contribué à hauteur de 2,5 millions d’euros à un budget total de 4,5 millions d’euros. CAN Europe et le BEE disposent tous deux de deux des plus importants budgets de lobbying au sein de l’UE, comparables à ceux des grandes associations financières et industrielles et des géants du numérique.
Shell
Aux Pays-Bas, les médias traditionnels sont restés étrangement silencieux au sujet de la Fondation européenne pour le climat (ECF). Follow The Money a toutefois mentionné l’ECF une fois, à la fin de l’année dernière, dans un encadré accompagnant un article intitulé « Les entreprises et les milliardaires américains influencent la politique de l’UE par le biais des think tanks ».
L’article affirme : « Le montant des fonds provenant des États-Unis est choquant. Il s’agit, en réalité, d’une ingérence étrangère structurelle, et ce depuis des décennies », déclare le politologue Inderjeet Parmar, qui a mené des recherches approfondies sur les groupes de réflexion.
L’article se limite au rôle des think tanks, et les références à la Fondation européenne pour le climat (ECF) sont si brèves que l’étendue de l’influence de cette organisation a sans doute échappé à l’attention des lecteurs de FTM. De plus, aux Pays-Bas, on doit se tourner vers les médias alternatifs. Wouter Roorda a publié deux longs articles sur la Fondation européenne pour le climat et CAN Europe dans Wynia’s Week. Le journaliste financier Arno Wellens s’en est pris violemment à l’ECF au sujet d’une étude de TNO financée par celle-ci, dans laquelle la cuisson au gaz était qualifiée d’extrêmement dangereuse en raison des émissions de particules fines.
Dans l’article consacré à Clintel, Follow The Money insiste lourdement sur le fait que Guus Berkhout a travaillé pour Shell de 1965 à 1971 (avant de passer 40 ans à l’Université de technologie de Delft). Pourtant, lorsqu’il s’agit de la Fondation européenne pour le climat (ECF), Follow The Money semble totalement indifférent à ce détail. Le fondateur et premier directeur général de l’ECF est en réalité Jules Kortenhorst. Après des études d’économie à l’Université Erasmus de Rotterdam, il a d’abord travaillé chez Shell pendant huit ans, puis a siégé deux ans à la Chambre des représentants pour le compte du parti CDA, avant de fonder la Fondation européenne pour le climat en 2008.
L’existence d’une organisation Clintel naissante, dotée d’un budget dérisoire, justifiait amplement l’envoi de plusieurs journalistes à sa couverture médiatique aux Pays-Bas. Pourtant, un réseau de lobbying écologiste bien plus ancien – disposant chaque année de centaines de millions d’euros, provenant principalement des États-Unis, et exerçant une influence considérable sur les politiques climatiques et énergétiques en Europe – est totalement ignoré par ces mêmes médias. Cet article introductif met en lumière un point essentiel : l’absence de l’ECF dans les médias néerlandais constitue une occasion manquée. J’invite Follow The Money à nommer une équipe de journalistes pour enquêter sur cette affaire. Je serai le premier à acheter le livre qui en découlera.
Cet article a initialement paru en néerlandais sur Indepen.eu le 13 juillet 2026.

Marcel Crok
Marcel Crok est un journaliste scientifique néerlandais qui se consacre à plein temps à l’écriture sur le débat climatique et les politiques climatiques depuis un article primé en 2005 sur le fameux graphique en forme de crosse de hockey. Il a publié deux ouvrages en néerlandais : « De Staat van het Klimaat » (L’État du climat) et « Ecomodernisme », dont il est co-auteur. Avec le chercheur indépendant britannique Nic Lewis, il a rédigé un rapport exhaustif sur la sensibilité climatique, intitulé « A Sensitive Matter » (Une question sensible). Le gouvernement néerlandais lui a demandé de devenir expert examinateur du 5e rapport d’évaluation du GIEC (AR5). En collaboration avec les instituts néerlandais de recherche climatique KNMI et PBL, Crok a créé la plateforme de discussion internationale « Climate Dialogue ».
En 2019, Crok et le professeur émérite Guus Berkhout ont fondé la Fondation Clintel. Ils ont publié la Déclaration mondiale sur le climat, qui a été signée depuis par plus de 2 000 scientifiques et experts. Avec Andy May et une équipe de scientifiques du réseau Clintel, Crok a contribué à l’ouvrage « The Frozen Climate Views of the IPCC » (Les points de vue figés sur le climat du GIEC) et en a assuré la direction éditoriale.
Traduction : Eric Vieira
L’article que vous venez de lire a été rendu possible grâce à nos donateurs.
Clintel publie quotidiennement des articles sur le climat, l’énergie et les sciences. Nous traduisons et diffusons également des analyses internationales en plusieurs langues, produisons des vidéos, publions des rapports et organisons des conférences et des événements dans le monde entier.
Nous ne recevons aucun financement public et dépendons entièrement du soutien de nos donateurs. Votre soutien nous permet de promouvoir la recherche indépendante et de contribuer à un débat plus ouvert et équilibré sur les questions climatiques et énergétiques.
Souhaitez-vous soutenir notre travail ? Choisissez l’option qui vous convient le mieux :
- Devenez Ami de Clintel – soutenez-nous par une contribution annuelle
- Faites un don régulier – apportez-nous un soutien continu et aidez-nous à planifier l’avenir
- Faites un don ponctuel – chaque contribution compte
Merci pour votre soutien.
more news
Nicola Scafetta on Tom Nelson’s podcast: the limitations of global climate models
Nicola Scafetta recently talked about his new book Frontiers of Climate Science: Solar Variability, Cycles and Model Uncertainty on Tom Nelson’s podcast. The book is an attempt to encourage a broader discussion about the uncertainties that remain in climate science and the limitations of contemporary global climate models.
The Case for Abolishing the EU Emissions Trading System
For two decades, the EU Emissions Trading System (EU ETS) has been at the heart of the European Union’s climate policy. Yet Samuel Furfari, former senior official at the European Commission’s Directorate-General for Energy and emeritus professor of energy geopolitics, argues that the system rests on shaky legal foundations, undermines Europe’s competitiveness and has evolved into an expensive political instrument. His conclusion is clear: the EU Emissions Trading System should be abolished.
The Pseudoscience behind Extreme Weather Attribution
Extreme weather attribution studies claim to determine how much human-caused climate change influences individual events such as hurricanes, floods and heatwaves. In this article, Ralph B. Alexander examines the scientific methods behind these studies and questions whether their conclusions are supported by reliable evidence.
The post Les lobbyistes “vert foncés” dont personne ne parle appeared first on Clintel.
Please consider helping!
Awake Freedom TV On Roku is Broken! 🙂

I could no longer maintain the costs on my own, so I moved the off of a dedicated server which was needed for the TV platform to work. On top of that, I want to build an app Awake Freedom TV app, for mobile phones. We need your help to first resurrect our TV channel, and then build the mobile app. In order to do that, I need a minimum of 800/month on subscription payments. Please help anyway you can with the form below.












Leave A Comment