« L’accélération » du niveau de la mer n’est pas ce que montrent les données mesurées
Les mesures marégraphiques directes et à long terme effectuées dans le monde entier ne montrent pas l’accélération spectaculaire du niveau de la mer que sous-entend le récit basé sur les données satellitaires, affirme Anthony Watts.
Tekst
L’article de ScienceAlert intitulé « La montée du niveau de la mer s’accélère, et nous connaissons désormais la principale raison » affirme que non seulement la montée du niveau de la mer s’accélère, mais que les scientifiques ont désormais « fait le point » et identifié la dilatation thermique des océans comme le facteur prédominant. C’est faux. Les mesures marégraphiques directes et à long terme effectuées dans le monde entier ne montrent pas l’accélération spectaculaire sous-entendue par les données satellitaires.
Il est essentiel de faire la distinction entre l’altimétrie satellitaire et les marégraphes. Les mesures satellitaires du niveau moyen global de la mer ont débuté en 1993. Cet enregistrement couvre une trentaine d’années et repose sur l’assemblage de données issues de plusieurs missions satellitaires. Chaque transition entre satellites nécessite des ajustements de calibration. Même de faibles décalages peuvent introduire une courbure artificielle dans l’enregistrement, donnant l’impression d’une accélération.
New York
À l’inverse, les marégraphes mesurent directement le niveau de la mer à des endroits précis du littoral, souvent depuis plus d’un siècle. Par exemple, comme le montre la figure 1 ci-dessous, le marégraphe de Battery Park à New York fonctionne depuis 1856. Il indique une élévation constante d’environ 2,8 à 3,0 millimètres par an, sans accélération statistiquement significative sur plus de 160 ans.
Figure 1. La tendance relative du niveau de la mer est de 2,95 millimètres/an avec un intervalle de confiance à 95 % de +/- 0,09 mm/an basé sur les données mensuelles moyennes du niveau de la mer de 1856 à 2025. Source : NOAA Tides and Currents.
De nombreux autres indicateurs à long terme dans le monde présentent des tendances linéaires similaires.
C’est important car les marégraphes mesurent ce qui affecte réellement les populations : le niveau de la mer aux côtes. L’altimétrie satellitaire, quant à elle, mesure les moyennes globales en haute mer. Lorsque les deux ensembles de données divergent, les données marégraphiques, plus longues et issues d’observations directes, méritent une plus grande pondérence.
Le phénomène connu sous le nom d’El Niño dans l’océan Pacifique provoque une élévation du niveau de la mer en raison de changements dans les vents dominants qui accumulent l’eau dans l’est de l’océan Pacifique, comme on peut le voir sur la figure 2 ci-dessous.
Figure 2. Cette image satellite de la hauteur de la surface de la mer Pacifique, prise par Jason-2 (à gauche), diffère légèrement de celle prise il y a 18 ans par Topex/Poseidon (à droite). En décembre 1997, la hauteur de la surface de la mer était plus importante et avait atteint son maximum en novembre. Cette année, la zone de forte houle est moins étendue mais nettement plus vaste. Crédit : NASA/JPL-Caltech.
Cette montée des eaux est enregistrée dans les relevés satellitaires mondiaux du niveau de la mer, mais ne reflète pas ce qui se passe sur les côtes.
Bilans
L’article s’appuie fortement sur le concept de « bilan global du niveau moyen de la mer » et souligne l’accélération observée entre 2005 et 2023. Il convient de préciser que les « bilans » sont une construction humaine et que la nature n’y prête aucune attention. Or, cette conclusion relative au bilan repose principalement sur la période d’observation satellitaire, courte et sujette à des incertitudes de calibration. Lors de l’évaluation de l’accélération, la période considérée peut exercer une influence considérable sur le résultat. De commencer en 1993, au début d’un épisode El Niño intense, augmente naturellement la probabilité d’observer une non-linéarité dans la tendance.
L’analyse du niveau de la mer de « Climate at a Glance » montre que l’élévation du niveau de la mer se poursuit depuis la fin du Petit Âge glaciaire au XIXe siècle et demeure modeste et globalement linéaire d’après les observations à long terme. Le rythme actuel n’est pas sans précédent par rapport aux valeurs observées au début du XXe siècle.
L’article affirme également que la dilatation thermique explique environ 43 % de la hausse récente. Cela peut être vrai compte tenu des hypothèses de leur modèle de validation. Mais là encore, cela dépend de la concordance entre l’altimétrie satellitaire, les données de température des flotteurs Argo et d’autres composantes modélisées. L’établissement d’un bilan n’est pas à confondre avec une confirmation par mesure indépendante. Il s’agit d’un exercice de comptabilité interne, contraint par les jeux de données sélectionnés.
Argo
La dilatation thermique est un processus physique bien connu : l’eau plus chaude occupe un volume plus important. Cependant, les mesures du contenu thermique des océans antérieures au début des années 2000 sont rares. Le réseau mondial de flotteurs Argo, qui offre la couverture la plus fiable des températures sous-marines, n’est devenu opérationnel que vers 2005. Par conséquent, l’accélération supposée liée à la dilatation thermique repose largement sur un ensemble de données récent et limité.
Lorsqu’on examine les marégraphes dans les régions tectoniques stables du monde entier, où ils ne sont pas affectés par la montée ou la subsidence du sol, on ne constate pas de doublement soudain de la vitesse depuis 2005. On observe plutôt une continuité : une montée lente et régulière.
L’implication plus générale de l’article est que l’accélération de la montée du niveau de la mer menacera inévitablement des millions de personnes dans les décennies à venir. Cette affirmation repose entièrement sur des modèles climatiques. Les projections sont sensibles aux hypothèses concernant le réchauffement futur, la dynamique des calottes glaciaires et les rétroactions. Pourtant, l’histoire témoigne de la résilience et de l’adaptabilité. L’ingénierie côtière, l’amélioration du drainage, les ajustements de niveau des terres et la planification des infrastructures font depuis longtemps partie intégrante de la gestion des risques côtiers.
Le niveau de la mer monte depuis plus d’un siècle. Des villes comme Boston, Amsterdam et Tokyo s’y sont adaptées. L’idée que cette accélération soit récente et sans précédent ne correspond pas aux observations à long terme. Si l’accélération était réellement spectaculaire et récente, on observerait des signaux clairs et nets sur les marégraphes centenaires. Or, ce signal est tout simplement absent.
Biaisé
Il ne faut pas négliger la différence entre des données satellitaires reconstituées et des mesures continues. Les données satellitaires sont précieuses, mais ce sont des mesures indirectes de courte durée et fortement dépendantes de l’étalonnage. Les marégraphes, quant à eux, fournissent des mesures directes et de longue durée.
En définitive, cet article présente une argumentation techniquement sophistiquée, mais partiale. Il met l’accent sur l’accélération déduite d’une courte période d’observation satellitaire, tout en minimisant l’importance des mesures côtières effectuées sur une période plus longue. Le public mérite de savoir que les preuves d’une nouvelle accélération spectaculaire sont bien moins convaincantes dans les données d’observation que ne le laissent entendre les gros titres.
Le niveau de la mer monte, et cela depuis des générations. La question cruciale est de savoir si cette montée s’accélère au point de justifier les prévisions d’une crise imminente. Les mesures les plus anciennes et les plus fiables indiquent que non. « ScienceAlert » n’a pas examiné toutes les données scientifiques disponibles, et ce faisant, a publié un article biaisé et erroné.
Cet article a été initialement publié sur climaterealism.com le 12 juin 2026.

Anthony Watts
Anthony Watts est chercheur principal en environnement et climat au « Heartland Institue ». M. Watts travaille dans le domaine de la météorologie depuis 1978, tant devant que derrière la caméra, en tant que présentateur météo à la télévision, et il présente actuellement des bulletins météo quotidiens à la radio. Il a créé des systèmes de présentation graphique des données météorologiques pour la télévision, des instruments météorologiques spécialisés, et a co-rédigé des articles évalués par des pairs sur les questions climatiques. Il gère le site web sur le climat le plus consulté au monde, le site primé wattsupwiththat.com.
Traduction : Eric Vieira
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