Theo Wolters à la conférence EIKE : « Personne ne sait comment fonctionne le climat »
L’ingénieur, entrepreneur et chercheur néerlandais sur le climat Theo Wolters a profité de sa présentation à la conférence EIKE pour remettre en question l’une des hypothèses centrales qui sous-tendent la politique climatique actuelle : celle selon laquelle la science a établi de manière concluante que les émissions humaines de CO2 sont responsables du récent réchauffement climatique et que ce réchauffement est potentiellement catastrophique.
Theo Wolters a commencé sa présentation en reconnaissant un fait qu’il considère comme incontestable : la Terre s’est réchauffée. Les températures mondiales ont augmenté d’environ un degré au cours des 140 dernières années, bien que cette hausse varie considérablement d’une région à l’autre, avec des changements beaucoup plus faibles au-dessus des océans et sous les tropiques. Les glaciers reculent et des records de température sont battus. Mais, a-t-il souligné, reconnaître la réalité du changement climatique ne signifie pas pour autant que les émissions de CO2 d’origine humaine en sont responsables en grande partie, ni que les conséquences seront catastrophiques. « Le changement climatique est une réalité et il a des conséquences, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il soit lié au CO2. »
Vous pouvez consulter la présentation complète ci-dessous :
La présentation de Wolters s’est donc concentrée sur ce qu’il considérait comme les preuves d’un effet dominant du CO2. Il a identifié les quatre principaux arguments : l’attribution fondée sur les forçages climatiques, la corrélation entre le CO2 et la température, les modèles climatiques et la physique du rayonnement. Il les a examinés successivement.
Contester l’argument d’attribution
Le premier argument est essentiellement une « démonstration par l’absurde ». Les climatologues calculent les effets de divers forçages de réchauffement et de refroidissement, puis affirment que le réchauffement observé ne peut être reproduit sans inclure l’effet de réchauffement du au CO2.
Wolters s’est demandé si cela constitue une preuve. Pour qu’un tel argument soit valable, a-t-il affirmé, les scientifiques devraient connaître avec une grande précision l’ampleur de tous les autres forçages pertinents. Il a notamment remis en question les estimations de l’effet de refroidissement de la pollution atmosphérique, arguant que si les aérosols ont un effet de refroidissement moindre que prévu, la contribution calculée du CO2 au réchauffement climatique devrait également être plus faible.
Il a également souligné les variations climatiques antérieures à la révolution industrielle. Si le calcul conventionnel des forçages était complet, a-t-il affirmé, les températures avant 1750 environ auraient dû être relativement stables, car les principaux forçages de réchauffement d’origine anthropique n’étaient pas encore apparus. Or, les carottes de glace et les données indirectes révèlent d’importantes fluctuations antérieures.
Wolters a mis en lumière ce qu’il a décrit comme des épisodes de réchauffement se produisant à environ mille ans d’intervalle. Il a reconnu ne pas pouvoir prouver que le réchauffement actuel s’inscrit dans un tel cycle naturel, mais a soutenu qu’il s’agissait d’une possibilité plausible qu’il ne fallait pas négliger. « C’est plausible. Je ne peux pas le prouver, mais c’est plausible. »
Sa conclusion était que l’argument de l’attribution ne démontre pas que le CO2 soit à l’origine de la majeure partie du réchauffement récent.
CO2 et température : corrélation n’est pas causalité
Wolters a ensuite examiné la relation entre le CO2 atmosphérique et la température. Il a souligné que la corrélation seule ne permet pas d’établir une causalité. Selon lui, l’analyse du XXe siècle ne révèle pas la relation attendue si le CO2 était le facteur prédominant.
Les quatre premières décennies du XXe siècle ont connu un réchauffement important, même si les concentrations de CO2 n’ont pas augmenté au même rythme que durant la seconde moitié du siècle. À l’inverse, une période de refroidissement significative s’est produite après la Seconde Guerre mondiale, tandis que les concentrations de CO2 continuaient de croître.
Il a ensuite étendu son raisonnement à des échelles de temps plus longues. Il a constaté que, durant les périodes glaciaires, les variations de température précédaient de plusieurs milliers d’années celles du CO₂ atmosphérique. Il a également souligné l’existence de périodes géologiques où le CO₂ atmosphérique a connu d’énormes variations, tandis que les températures restaient relativement stables. Wolters en a donc conclu que, selon lui, il était impossible de démontrer une corrélation systématique entre le CO₂ et la température sur les différentes échelles de temps pertinentes.
Les modèles climatiques ne sont pas une preuve
Le troisième élément de preuve examiné par Wolters concernait les résultats des modèles climatiques. Ses critiques portaient plus particulièrement sur la modélisation du cycle de l’eau. L’évaporation, la convection, la formation des nuages et les précipitations sont des composantes essentielles du système climatique, affirmait-il, mais elles sont représentées dans les modèles globaux par des approximations et des paramétrisations. Par conséquent, selon lui, les modèles ne peuvent être considérés comme de simples représentations directes de la physique atmosphérique.
Plus fondamentalement, Wolters a soutenu que les modèles climatiques présupposent déjà que le CO2 est responsable du réchauffement climatique. Par conséquent, leurs résultats ne peuvent pas, à eux seuls, prouver la proposition qui leur est sous-jacente.
Il a pris pour exemple le concept de « point chaud » tropical. Les modèles climatiques prévoient un réchauffement accru dans la haute atmosphère tropicale à mesure que les températures de surface augmentent. Wolters a fait valoir que les observations à long terme effectuées par ballons-sondes n’ont pas permis de mettre en évidence le point chaud prédit et que cette divergence demeure insuffisamment expliquée.
Pour lui, la différence persistante entre les projections des modèles et les observations démontre que les modèles ne doivent pas être considérés comme une preuve définitive du réchauffement futur.
Que prouve réellement la physique des radiations ?
À ce stade, Wolters aborda ce qu’il considérait comme l’élément le plus solide de l’argumentation scientifique conventionnelle : la physique des radiations.
Il a explicitement reconnu que le CO2 est un gaz à effet de serre. L’augmentation du CO2 modifie le bilan radiatif de la Terre, et un doublement du CO2 atmosphérique entraîne un réchauffement d’environ un degré Celsius avant même la prise en compte d’autres mécanismes de rétroaction. « Le CO2 provoque un réchauffement d’environ un degré, c’est tout. »
Wolters souligne que le réchauffement d’environ un degré associé à un doublement du CO2 est essentiellement une valeur théorique. Elle décrit ce qui se produirait si l’atmosphère réagissait à l’effet radiatif du CO2 sans que d’autres facteurs ne soient modifiés. Or, le système climatique réel est bien plus complexe. Il comporte de nombreux mécanismes de rétroaction, certains amplifiant un réchauffement initial et d’autres le contrebalançant. Selon Wolters, c’est là que réside une grande partie du désaccord scientifique. La question cruciale devient donc l’ampleur des rétroactions climatiques, notamment celles impliquant la vapeur d’eau, les nuages et le cycle de l’eau.
Il explique la différence entre rétroactions positives et négatives à l’aide d’un exemple simple. Une rétroaction négative atténue une variation initiale de température : le climat réagit au réchauffement de manière à limiter son extension. Une rétroaction positive produit l’effet inverse, amplifiant la perturbation initiale. Wolters illustre ce dernier phénomène par une chaîne hypothétique où un degré de réchauffement en engendre deux autres par rétroaction ; ces deux degrés en engendrent ensuite quatre, et ainsi de suite jusqu’à huit. Un tel processus deviendrait un emballement si la rétroaction ne s’affaiblissait pas considérablement.
Ceci est particulièrement important car l’estimation de la sensibilité climatique du GIEC repose fortement sur les rétroactions positives. L’effet direct du CO2, d’environ 1 °C, est amplifié, notamment par l’augmentation de la vapeur d’eau atmosphérique, qui est elle-même un gaz à effet de serre. Wolters affirme que le facteur de rétroaction qui en résulte est déjà proche du seuil à partir duquel le système deviendrait instable.
Il se demande si cela est possible. La fonte des glaces de mer, par exemple, peut engendrer une forte rétroaction positive à l’échelle locale, mais une planète plus chaude émet également davantage de rayonnement infrarouge dans l’espace, créant ainsi une rétroaction négative. De plus, un climat plus chaud intensifie le cycle de l’eau. L’évaporation et la convection évacuent la chaleur de la surface, tandis que les précipitations ont également un fort effet refroidissant. Les nuages peuvent agir dans les deux sens.
Pour Wolters, cela soulève un problème fondamental. Si l’estimation du GIEC représente la somme de toutes les rétroactions, le climat devrait être bien plus proche de l’instabilité que ne le suggère l’histoire géologique de la Terre. Il souligne la remarquable stabilité des températures mondiales sur les échelles de temps géologiques, malgré des changements majeurs dans la composition atmosphérique et le rayonnement solaire. Ceci laisse supposer qu’une puissante rétroaction négative est à l’œuvre.
Cette implication est au cœur de son hypothèse ultérieure de « thermostat tropical » : plutôt que de supposer que les rétroactions positives dominent, les scientifiques devraient étudier si le climat contient des mécanismes naturels qui limitent activement le réchauffement.
L’hypothèse du « thermostat tropical »
Ceci nous amène à la partie la plus originale de la présentation de Wolters : son analyse d’un possible « thermostat » naturel régulant la température terrestre. Wolters a insisté sur le fait que cette partie de sa présentation relève de l’hypothèse et non d’un fait scientifique établi. Il a attribué l’idée de base à Willis Eschenbach, dont il a invité l’auditoire à consulter les travaux antérieurs sur les orages tropicaux.
Selon cette hypothèse, le cycle de l’eau tropical — et notamment les orages gigantesques associés à la circulation de Hadley — pourrait jouer le rôle d’un thermostat naturel. L’évaporation transfère la chaleur de la surface vers l’atmosphère, tandis que la condensation et le transport de chaleur latente vers les hautes altitudes permettent à l’énergie de s’échapper dans l’espace. Wolters a avancé que la température relativement stable de vastes zones du Pacifique tropical, malgré un réchauffement important ailleurs, constitue un argument en faveur de ce mécanisme.
Si un tel thermostat existe et est absent des modèles climatiques, les calculs des forçages et des rétroactions climatiques pourraient être fondamentalement trompeurs.
De la science à la politique climatique
La conclusion générale de Wolters n’est pas que le CO2 n’a aucun effet sur le réchauffement climatique. En effet, il a explicitement rejeté cette interprétation de son argument. « Je n’ai pas prouvé que le CO2 ne provoque pas de réchauffement. J’ai simplement montré qu’il n’existe aucune preuve du contraire. »
Selon lui, le CO2 pourrait avoir contribué entre zéro et environ un demi-degré, au réchauffement récent, mais sa contribution exacte demeure inconnue. Il juge tout à fait plausible que des facteurs naturels, notamment le rétablissement après le Petit Âge glaciaire, puissent expliquer une part substantielle de l’augmentation observée.
Cette incertitude a des conséquences majeures sur la politique climatique. Si les décideurs politiques ne peuvent établir la part du réchauffement climatique imputable au CO2, alors le bien-fondé des dépenses colossales consacrées à l’élimination d’un facteur de forçage particulier devient discutable.
Wolters a également contesté l’application sans restriction du principe de précaution. La simple possibilité de dommages climatiques ne suffit pas à justifier une politique, quels qu’en soient les coûts. Les décideurs politiques doivent comparer les avantages potentiels de l’atténuation à ses coûts économiques et aux stratégies alternatives.
Il est donc un fervent partisan de l’adaptation. Les sociétés peuvent répondre aux risques climatiques en améliorant les infrastructures, la gestion de l’eau et la protection contre les inondations. Wolters a souligné la forte baisse des décès liés au climat au cours du siècle dernier comme preuve que les sociétés sont devenues de plus en plus capables de faire face aux aléas environnementaux.
Il a cité une estimation de l’économiste William Nordhaus selon laquelle tenter de limiter le réchauffement climatique à des niveaux très bas pourrait engendrer des coûts économiques considérables. La conclusion de Wolters était donc que les gouvernements devraient mettre en œuvre des mesures climatiques limitées et économiquement raisonnables, en se concentrant principalement sur l’adaptation. « Le choix judicieux, c’est l’adaptation. »
Un monde plus chaud n’est peut-être pas une catastrophe
Wolters a conclu sa présentation en abordant ce qu’il a appelé la « partie réconfortante » : que se passerait-il réellement pour la nature si les températures augmentaient de deux degrés ?
Sa réponse fut que les conséquences ne devaient pas être automatiquement considérées comme catastrophiques. Il illustra son propos en comparant les zones climatiques d’Europe et d’Amérique du Nord. Un changement de deux degrés, affirma-t-il, équivaut à un déplacement de plusieurs centaines de kilomètres vers le nord ou le sud. Une ville de Berlin plus chaude, par exemple, pourrait acquérir des caractéristiques climatiques que l’on retrouve actuellement bien plus au sud.
Dans cette perspective, le changement climatique s’apparente moins à une transformation de la planète entière qu’à un déplacement des zones climatiques. Wolters a fait valoir que les écosystèmes ont connu de tels changements à maintes reprises au cours de l’histoire géologique. Sa conclusion finale était donc délibérément optimiste : « La nature s’adapte au changement climatique, et nous devrions en faire autant. »
Pour Wolters, les véritables questions scientifiques et politiques sont les suivantes : quelle part du réchauffement récent est imputable au CO2 ? Avec quelle intensité le système climatique réagit-il à ce gaz ? Quelles seraient les conséquences réelles d’un réchauffement supplémentaire ? Et les bénéfices d’une réduction drastique des émissions sont-ils en relation avec son coût économique ? Sa réponse à ces quatre questions est qu’une incertitude considérable demeure. « Personne ne sait comment fonctionne le climat. »
Traduction : Eric Vieira
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