Le piège de la politique climatique : pourquoi l’échec conduit si souvent à refaire les mêmes erreurs

Le piège de la politique climatique : pourquoi l’échec conduit si souvent à refaire les mêmes erreurs

Le piège de la politique climatique : pourquoi l’échec conduit si souvent à refaire les mêmes erreurs

L’identité de groupe, le statut social et un système politique dominé par les diplômes rendent le discours climatique de plus en plus imperméable aux résultats décevants, affirme Evert Doornhof de Clintel. Il en résulte un piège dans lequel l’échec n’entraîne pas une remise en question, mais au contraire, encore plus de politiques climatiques.

Climate Intelligence (Clintel) is an independent foundation informing people about climate change and climate policies.

Illustration du piège des politiques climatiques, où les décideurs politiques s’engagent dans un système énergétique de plus en plus complexe et coûteux. (Créé par IA)

Evert Doornhof
Date : 17 août 2026

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La question centrale : pourquoi l’augmentation des coûts sociaux, économiques et du système énergétique déclenche-t-elle si rarement une remise en question fondamentale de la politique climatique ?

Le paradoxe de la politique climatique

Les factures d’énergie augmentent, les réseaux électriques sont saturés et les nouveaux projets de logements et d’industries doivent attendre des années avant d’être raccordés. Les entreprises énergivores reportent leurs investissements, réduisent ou délocalisent leurs activités. L’énergie éolienne et solaire nécessite l’expansion des réseaux, des capacités de stockage et d’équilibrage, ainsi que des systèmes de secours modulables. Parallèlement, les sociétés sont incitées à électrifier les transports, le chauffage et l’industrie, ce qui rend la fiabilité de l’approvisionnement en énergie plus — et pas moins — cruciale que jamais.

On pourrait s’attendre à ce que ces signaux entraînent un examen approfondi. Les instruments choisis sont-ils efficaces ? Leurs coûts sont-ils en proportion avec leurs avantages ? Existe-t-il des alternatives plus fiables ? Pourtant, dans une grande partie du monde occidental, la réaction habituelle est l’opposé. La congestion du réseau électrique justifie des investissements accrus. Le prix élevé de l’énergie est invoqué pour accélérer le développement des énergies renouvelables. Des réductions d’émissions décevantes appellent à des objectifs plus ambitieux. La résistance du public exige une meilleure communication.

Il en résulte un paradoxe frappant : pourquoi les échecs politiques manifestes conduisent-ils si souvent non pas à une remise en question, mais à davantage des mêmes politiques ? La réponse ne se trouve ni dans la seule science du climat, ni dans une décision politique isolée. Depuis plusieurs décennies, la politique climatique s’est profondément ancrée dans l’identité, le statut, les institutions et les intérêts matériels d’une classe dirigeante très instruite. Il en résulte un système auto-renforçant qui a de la peine à considérer les résultats décevants comme des preuves du contraire.

Une humanité plus résiliente

Pour comprendre ce mécanisme, il faut partir d’un fait rarement abordé dans le discours sur le climat : l’humanité est devenue bien plus résiliente face aux catastrophes naturelles. Selon Our World in Data, qui s’appuie sur la base de données internationale EM-DAT, le taux de mortalité lié aux catastrophes a diminué de plus de 90 % au cours du siècle dernier. Même le nombre total de décès a considérablement baissé, malgré une population mondiale environ quatre fois supérieure.

Dans la courte vidéo en anglais « Il n’y a pas d’urgence climatique », Marcel Crok, directeur de CLINTEL, présente l’argument de la résilience de manière accessible. L’intérêt de cette vidéo ne réside pas dans sa capacité à résoudre tous les débats scientifiques, mais dans le fait qu’elle met en lumière un facteur souvent négligé dans l’analyse des risques climatiques : si les aléas sont importants, leur impact humain dépend également de l’exposition, du niveau de prospérité, des infrastructures, de la préparation et des capacités d’adaptation.

Cela ne prouve pas que les risques ont disparu. Cela prouve au contraire que la prévision météorologique, les systèmes d’alerte précoce, des bâtiments plus robustes, une agriculture productive, le commerce, les transports, la santé publique et une intervention d’urgence coordonnée permettent de sauver des vies. Le Bangladesh en offre un exemple frappant : les cyclones qui tuaient autrefois des centaines de milliers de personnes font désormais beaucoup moins de victimes grâce au bon fonctionnement des systèmes d’alerte, des abris et des dispositifs d’évacuation.

Il convient toutefois d’apporter d’importantes précisions. Les archives historiques sur les catastrophes sont incomplètes, notamment pour les événements de moindre ampleur, et les décès liés à la chaleur sont recensés de manière incohérente. Les pertes économiques peuvent également être considérables et sont influencées par l’étendue croissante des biens exposés aux risques. Rien de tout cela n’incite à la complaisance. Au contraire, cela plaide en faveur d’une conclusion différente : la vulnérabilité n’est pas figée et l’adaptation est cruciale.

Cette réussite est politiquement délicate. Si la prospérité, l’accès à une énergie fiable, la technologie et l’adaptation contribuent déjà à réduire la vulnérabilité humaine, il devient plus difficile de justifier chaque choix politique par le discours d’une situation d’urgence permanente. Dans un contexte d’urgence, les bonnes nouvelles ne sont pas de simples informations neutres ; elles peuvent atténuer l’urgence sur laquelle repose le programme politique.

Le climat comme identité et statut

Le sociologue américain Musa al-Gharbi propose une explication pertinente. Il parle de « capitalistes symboliques » : des professionnels hautement qualifiés qui gagnent leur vie en produisant et en manipulant des mots, des idées, des données, des images et des symboles. On les trouve principalement dans les universités, les médias, les administrations publiques, le droit, le conseil, la finance, les technologies, les arts et le secteur à but non lucratif – les institutions qui nomment les problèmes sociaux et déterminent quelles interprétations acquièrent du prestige.

Le point sensible soulevé par Al-Gharbi est que l’intelligence et l’éducation ne protègent pas automatiquement des comportements tribaux. Une plus grande sophistication cognitive peut certes fournir davantage de connaissances et de compétences rhétoriques permettant de défendre des engagements antérieurs. Lorsque les faits contredisent des préférences politiques ou morales, les personnes les plus compétentes peuvent se révéler particulièrement habiles à déceler les failles dans des données indésirables, à inventer des exceptions et à intégrer les contre-arguments à la vision courante du monde.

Cet effet se renforce lorsqu’une opinion est liée à un statut social. Dans de nombreux milieux professionnels, le soutien à une politique climatique ambitieuse est un signe d’expertise, de modernité et de responsabilité morale. Exprimer les préoccupations approuvées et soutenir les solutions préconisées confère une image d’une personne informée et intègre. À l’inverse, le doute fondamental peut être perçu comme de l’ignorance, de l’égoïsme ou une hostilité envers la science.

Les connaissances sur le climat fonctionnent donc en partie comme un capital culturel. Cela ne signifie pas que la préoccupation pour le changement climatique soit hypocrite, ni que chaque défenseur de politiques climatiques soit en quête de reconnaissance sociale. Cela signifie que les convictions peuvent remplir deux fonctions simultanément : décrire le monde et situer celui qui y croit au sein d’une hiérarchie sociale. Dès lors qu’une position politique devient un signe d’appartenance à un groupe, changer d’avis a un coût social que les preuves seules ne suffisent pas toujours à surmonter.

La « démocratie des qualifications » définit les priorités

Mark Bovens (à gauche) et Anchrit Wille (à droite) discutent de la démocratie des diplômes dans une interview avec De Nieuwe Wereld.

Ce mécanisme psychologique acquiert une force politique à travers ce que les politologues Mark Bovens et Anchrit Wille appellent la « démocratie des diplômes » – l’avènement de la méritocratie politique. Leur étude comparative de l’Europe occidentale montre comment les diplômés universitaires en sont venus à dominer les partis politiques, les parlements, les ministères, les groupes d’intérêts, les instances délibératives et autres sphères d’influence, alors même que les citoyens ayant un niveau d’instruction faible ou moyen constituent la majorité des électeurs.

La conséquence dépasse largement le simple manque de représentants reconnus. Une classe dirigeante socialement homogène contribue également à déterminer quels risques sont jugés urgents, quels experts sont crédibles, quelles recherches sont financées et quelles solutions relèvent du débat public. Ses membres appartiennent souvent à des réseaux professionnels similaires, consomment les mêmes médias et partagent des préférences culturelles cosmopolites. Cela peut restreindre le champ des hypothèses que les institutions mettent à l’épreuve, même lorsque chaque participant est intelligent et de bonne foi.

La politique climatique s’inscrit parfaitement dans les priorités des mouvements écologistes, progressistes et des classes professionnelles en Europe et en Amérique du Nord, mais le consensus politique dépasse le cadre d’un seul parti. La gauche, le centre et une partie de la droite ont tous contribué à intégrer les objectifs climatiques dans la législation, la réglementation, la politique financière, l’administration publique et les institutions supranationales. Si les élections peuvent entraîner un changement de gouvernement, alors que les ministères, les organismes de réglementation, les conseils consultatifs, les universités, les ONG et les réseaux de financement climatique conservent quant à eux le même cadre politique de base.

Ceux qui subissent le plus directement les coûts ont souvent moins de poids dans la définition des priorités. Pour un décideur politique, une facture énergétique plus élevée peut être perçue comme un effet distributif qu’il convient d’atténuer par une ristourne. Pour un ménage à faible revenu ou une entreprise manufacturière énergivore, cette même hausse peut être une question de survie. La reconnaissance morale d’une politique ambitieuse tend à profiter à la classe qui la conçoit et la défend ; le fardeau matériel, quant à lui, est réparti beaucoup plus largement.

Comment un récit s’auto-protège

Un discours politique dominant perdure non seulement parce que beaucoup y croient sincèrement, mais aussi parce qu’il met en place des mécanismes de filtrage qui gardent à distance les informations qui le contredisent. Le premier de ces mécanismes est la sélection. Une inondation, une vague de chaleur ou un incendie de forêt sont rapidement présentés comme un avertissement concernant le changement climatique. La baisse de la mortalité liée aux catastrophes, le rôle de l’exposition aux facteurs de risque dans l’augmentation des pertes ou les réussites en matière d’adaptation reçoivent moins d’attention. Un type d’information s’intègre immédiatement au discours dominant ; l’autre nécessite des explications et atténue le sentiment d’urgence.

Le second filtre est l’étiquette mentale. Des termes comme « climatosceptique », « désinformation » ou « porte-parole des énergies fossiles » ne constituent pas des arguments en soi. Ils positionnent l’orateur en dehors de la communauté morale et intellectuelle. Une fois l’étiquette ancrée, les auditeurs se sentent autorisés à ignorer l’affirmation sans l’examiner.

Vient ensuite la culpabilité par association. Un journaliste, un scientifique ou un homme politique qui prend au sérieux un critique stigmatisé peut lui aussi voir sa réputation ternie. Cela encourage l’autocensure. Les rédacteurs en chef déclinent les invitations, les chercheurs évitent d’être cités et les organisations prennent leurs distances par anticipation. Aucune coordination centrale n’est nécessaire ; les participants sont conscients des risques professionnels et sociaux.

Un quatrième outil est le dossier : une liste cumulative d’anciennes remarques, d’affiliations contestées, d’insinuations de financement et d’accusations antérieures. Aucun élément n’a besoin d’être décisif. La longueur de la liste donne l’impression qu’il y a forcément quelque chose de faux. Le débat se déplace alors de la qualité de l’argument vers la personnalité, le réseau ou les motivations présumées de celui qui le formule.

Clintel est directement confrontée à ce mécanisme. L’organisation est fréquemment associée à l’industrie des énergies fossiles, notamment en raison des débuts de carrière de son cofondateur, Guus Berkhout, chez Shell, et de ses recherches géophysiques ultérieures au sein d’un consortium industriel. Ces faits ont leur place dans une biographie, mais ils ne permettent pas de déterminer la validité d’une analyse particulière, le mode de financement actuel de l’organisation, ni la solidité des affirmations de la Déclaration mondiale sur le climat.

Professeur Guus Berkhout, co-fondateur de Clintel.

La page Wikipédia en anglais consacrée à Berkhout illustre de façon révélatrice comment la sélection et la mise en valeur de certains éléments peuvent façonner un cadre d’interprétation. Dès sa première phrase, il est présenté comme un ingénieur ayant travaillé dans l’industrie pétrolière et gazière, avant même d’évoquer son poste de professeur de géophysique. Une section distincte, consacrée à Clintel, met ensuite en avant une « campagne » contre la neutralité carbone, des liens présumés avec l’industrie, de la « désinformation » et des vérifications des faits très négatives. Son appartenance à l’Académie royale néerlandaise des arts et des sciences et sa nomination comme officier de l’Ordre d’Orange-Nassau n’apparaissent que plus tard. Si les faits et les critiques pris individuellement peuvent être pertinents, leur ordre et le vocabulaire employé influencent la perception du lecteur à l’égard de Berkhout et de Clintel avant même qu’ils n’aient examiné un seul argument de fond. L’association se substitue ainsi à l’analyse critique.

Finalement, les institutions se renforcent mutuellement dans un cercle vicieux. Les gouvernements fixent des objectifs climatiques ; les agences financent la recherche axée sur ces objectifs ; les instances consultatives évaluent leur mise en œuvre ; les médias présentent les résultats comme faisant consensus auprès des scientifiques et des experts ; et les gouvernements, en retour, invoquent la science et la légitimité publique. Chaque institution peut ainsi affirmer sincèrement remplir son rôle, tandis que le système dans son ensemble laisse peu de place à la remise en question de l’objectif initial ou de la voie choisie.

Pourquoi chaque échec engendre davantage de politiques

Une proposition solide doit par principe être vulnérable à la réalité. En matière de politique climatique, cependant, presque tous les résultats négatifs peuvent s’expliquer de manière à préserver le cadre sous-jacent.

Les prix élevés de l’énergie ne sont pas imputés au coût et à la complexité de la transition, mais à la dépendance persistante aux énergies fossiles. La congestion du réseau ne prouve pas que la production d’électricité, tributaire des conditions météorologiques, est mal adaptée à la demande et aux infrastructures ; elle démontre plutôt un manque d’investissement dans les réseaux. Le déclin industriel témoigne de l’incapacité des entreprises établies à se moderniser. La variabilité sera à terme résolue par les batteries, l’hydrogène, les interconnexions, la gestion de la demande ou des technologies encore en phase de déploiement à grande échelle. La résistance du public reflète une désinformation ou un manque d’explications.

Ainsi, chaque revers justifie une accélération du processus. Une politique ne peut échouer facilement, car l’échec se définit par une insuffisance de politique. C’est ainsi qu’un programme devient fonctionnellement immunisé contre la réfutation.

Les coûts ne sont plus abstraits. La Commission européenne estimait en 2025 que les réseaux électriques de l’UE nécessiteraient environ 730 milliards d’euros pour la distribution et 477 milliards d’euros pour le développement du transport électrique d’ici 2040. L’Agence internationale de l’énergie indiquait en 2026 que les investissements annuels mondiaux dans les réseaux électriques devraient augmenter d’environ 50 % d’ici 2030, passant d’environ 400 milliards de dollars américains, tandis que plus de 2 500 gigawatts de stockage renouvelable, et de stockage pour forte consommation étaient en attente de raccordement. Ces chiffres ne prouvent pas que les investissements dans les réseaux sont inutiles ; les économies modernes ont clairement besoin de réseaux performants. Ils montrent cependant pourquoi des comparaisons globales – production, appoint, stockage, transport, distribution, écrêtement et financement – ​​sont indispensables avant de qualifier une technologie de bon marché.

Les intérêts institutionnels comptent également. Une économie en transition de grande envergure englobe désormais les services publics, les gestionnaires de réseaux, les consultants, les ONG, les conseillers en subventions, les universités, les ministères, les experts en ESG, les banques et les fonds multinationaux. Budgets, carrières et réputations sont liés à la poursuite de ces objectifs. Cela n’implique pas pour autant une mauvaise foi. La conviction sincère et l’intérêt institutionnel se renforcent souvent mutuellement, parfois plus fortement que chacun pris séparément.

Le coût politique d’un retour en arrière de l’investissement ne cesse de croître. Après des années d’objectifs contraignants, de dépenses colossales et de condamnation morale des critiques, admettre une erreur de jugement devient de plus en plus difficile. Les responsables devraient reconnaître que les avertissements concernant les coûts, l’utilisation des sols, la compétitivité industrielle ou la fiabilité ont été trop facilement écartés. Les solutions techniques de fortune, les nouvelles subventions et les reports d’échéances sont donc plus attrayants qu’une remise en question fondamentale.

L’inversion dangereuse

C’est là que réside la plus profonde contradiction. La diminution de la vulnérabilité aux phénomènes météorologiques extrêmes a été obtenue en grande partie grâce à la prospérité, aux infrastructures, à la technologie et à l’abondance énergétique. Le chauffage et la climatisation protègent les populations du froid et de la chaleur. L’agriculture moderne, la gestion de l’eau et son transport atténuent l’impact des sécheresses et des inondations. Les sociétés les plus prospères peuvent construire des habitations plus solides, entretenir les digues, s’assurer contre les sinistres et évacuer les populations à temps.

Si les politiques climatiques rendent l’énergie sensiblement plus chère ou moins fiable, fragilisent l’industrie et ralentissent la croissance économique, elles risquent d’éroder les capacités mêmes dont disposent les populations pour se protéger des risques climatiques. Une politique visant à renforcer la sécurité de la société peut réduire les capacités d’adaptation, notamment chez les ménages les plus pauvres et dans les pays qui n’ont pas encore atteint l’accès universel à une énergie fiable.

Il ne s’agit pas ici de prôner l’inaction, ni de nier l’impact des gaz à effet de serre sur le climat. Il s’agit de plaider pour un changement de priorités. Une politique climatique et énergétique rationnelle doit placer le bien-être humain au cœur de ses préoccupations : l’accessibilité, la disponibilité, la fiabilité et la résilience. Elle doit investir dans l’adaptation là où les risques sont concrets, permettre à l’énergie nucléaire de rivaliser à armes égales et évaluer l’éolien, le solaire, le stockage, l’hydroélectricité, les énergies fossiles et les technologies émergentes en fonction de leur contribution à l’ensemble du système énergétique, et non selon un simple score carbone théorique.

Échapper au piège des politiques climatiques

La persistance des politiques climatiques ne requiert pas de complot centralisé. On peut la concevoir comme un système émergent où les convictions morales, l’identité de groupe, les incitations liées au statut, les structures de carrière, les intérêts financiers et l’auto confirmation institutionnelle convergent. Des personnes intelligentes et bien intentionnées peuvent ainsi pérenniser un programme dont les résultats deviennent de plus en plus incompatibles avec ses promesses.

La solution ne réside pas dans une meilleure communication au sommet de la hiérarchie. Elle commence par une modestie intellectuelle et un véritable pluralisme. Il faut permettre aux interprétations scientifiques et aux scénarios énergétiques concurrents de se rencontrer publiquement. Il est indispensable de publier l’ensemble des coûts, avantages, compromis et incertitudes liés au système. Il faut accorder une réelle importance aux connaissances pratiques et aux intérêts des citoyens non diplômés. Il faut juger les critiques sur la base de leurs preuves et de leur raisonnement, et non sur des étiquettes ou des associations. Surtout, il est crucial de préciser à l’avance les conséquences qui entraîneraient la révision ou l’abandon d’une politique.

La politique énergétique doit être à nouveau envisagée comme la satisfaction d’un besoin fondamental. Cela implique une analyse de l’ensemble de la chaîne, de l’extraction et la production à la conversion, au transport, au stockage, à l’alimentation de secours et à la consommation finale. « Renouvelable » n’est pas automatiquement synonyme de durable ; l’hydrogène est un vecteur énergétique, et non une source primaire ; et la capacité installée n’est pas la même chose qu’une production fiable. Seule une analyse exhaustive permet de déterminer les combinaisons capables de fournir une énergie fiable et abordable à grande échelle.

La question cruciale n’est pas de savoir si les dirigeants se soucient suffisamment du climat, mais plutôt s’ils sont prêts à laisser la réalité corriger leurs politiques. Tant que les mauvaises nouvelles justifieront davantage d’interventions, les bonnes nouvelles seront ignorées et les problèmes engendrés par les politiques publiques seront considérés comme la preuve d’un manque d’ambition, et le piège des politiques climatiques restera fermé.

Une politique énergétique saine exige non pas moins de science, mais une science qui tolère la divergence d’opinions ; non pas moins de responsabilité, mais une responsabilité pour chaque conséquence de la politique mise en œuvre. La réévaluation doit être perçue à nouveau comme une preuve de maturité en matière de gouvernance, et non comme une trahison morale. Ce n’est qu’alors que le débat climatique pourra retrouver sa véritable vocation : une comparaison ouverte des risques, des coûts, des avantages et des alternatives.

Traduction : Eric Vieira

Sources et lectures complémentaires

Musa al-Gharbi, Smart People Are Especially Prone to Tribalism, Dogmatism and Virtue Signaling

Rob Henderson, Do the Most Educated People Look Down on Everyone Else?

Mark Bovens and Anchrit Wille, Diploma Democracy: The Rise of Political Meritocracy

Hannah Ritchie, Pablo Rosado and Max Roser, Natural Disasters

Marcel Crok, There is no climate emergency (video)

European Commission, EU guidance on ensuring electricity grids are fit for the future

International Energy Agency, Electricity 2026: Grids

Clintel, World Climate Declaration

Wikipedia, Guus Berkhout

Evert Doornhof

Evert Doornhof has long been active in the financial world in commercial and management roles. After the COVID pandemic, he changed course when he observed how quickly personal freedoms can be restricted. He is now committed to shedding light on crises that appear to be manufactured or exaggerated. Among other things, he is active with the Clintel Foundation, where he manages social media and has written several articles.

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By |2026-08-17T04:32:51-07:0017 August 2026|Climate Change|0 Comments

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