L’oléoduc africain rejette le dogme climatique et le contrôle étranger

L’oléoduc africain rejette le dogme climatique et le contrôle étranger

Les puissances politiques des Nations Unies et de l’Union européenne ont passé des décennies à donner des leçons à l’Afrique sur la « vertu » climatique. Les engagements zéro émission nette, les objectifs en matière d’énergies renouvelables, les cadres ESG et autres constituent une liste sans cesse croissante des prescriptions pour « guérir la planète ».

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Aliko Dangote (Source: commons.wikimedia.org)

Vijay Jayaraj
Date: 11 janvier 2026

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Ayant déjà bâti leur industrialisation grâce aux énergies fossiles et jouissant d’une vie confortable, de réseaux électriques stables et d’un luxe sans précédent, la prétendue élite du monde développé présente une économie « bas carbone » comme moralement supérieure. Les nations africaines sont incitées à utiliser des sources d’énergie « durables » – principalement éoliennes et solaires – afin d’empêcher l’exploitation des riches gisements de charbon, de pétrole et de gaz naturel du continent et pour les rendre dépendantes des gouvernements étrangers.

Aujourd’hui, lorsqu’un entrepreneur africain prend des mesures décisives pour briser les chaînes de cette dépendance, les militants écologistes apparaissent non pas comme des gardiens de la planète, mais comme les défenseurs du contrôle géopolitique.

En novembre 2025, Aliko Dangote, l’homme d’affaires le plus riche d’Afrique, a signé un accord de développement d’un milliard de dollars avec le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa pour la construction d’un oléoduc de 2 100 kilomètres reliant Walvis Bay en Namibie à Bulawayo au Zimbabwe, en passant par le Botswana. Des équipes travaillent actuellement sur le tracé, la logistique, l’acquisition des terrains et les aspects réglementaires.

Ce projet relève de la politique du gouvernement zimbabwéen, et l’oléoduc est devenu un impératif moral pour le pays. Pour comprendre pourquoi, il faut examiner les conséquences désastreuses du statu quo.

Rares sont les économies modernes à s’être effondrées aussi rapidement que celle du Zimbabwe sous le gouvernement de feu Robert Mugabe, tristement célèbre pour sa corruption et ses réformes agraires désastreuses. Ce pays, qui nourrissait jadis l’Afrique australe, est devenu un exemple à ne pas suivre.

Bien que Mugabe ait été contraint de quitter le pouvoir en 2017, le Zimbabwe subit toujours des coupures de courant quotidiennes de 18 heures, ce qui représente une perte de plus de 6 % de son produit intérieur brut chaque année, selon les estimations de la Banque mondiale. La suppression de ce frein à la croissance économique permettrait de dégager un potentiel de croissance réelle.

Les défenseurs de l’environnement souhaitent que le gouvernement s’appuie sur le barrage de Kariba, une centrale hydroélectrique considérée comme « renouvelable » par les écologistes. Mais la nature est imprévisible. Une sécheresse provoquée par El Niño a réduit le niveau du barrage à un maigre 9 % de sa capacité. Le barrage s’assèche, et avec lui, l’avenir économique du pays.

Le projet de gazoduc est plus prometteur. Son tracé – depuis la côte atlantique de la Namibie, en passant par la démocratie stable du Botswana, jusqu’au Zimbabwe – engendre un nouveau corridor énergétique stratégique pour l’Afrique australe. Il intègre les dix économies de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), là où des décennies de sommets politiques ont échoué.

Il y a une ironie dans la dimension géopolitique de cet accord d’oléoduc. Pendant des années, l’Occident a mis en garde l’Afrique contre les dangers des « pièges d’endettement chinois », sans proposer la moindre alternative viable pour l’infrastructures énergétique. Or, un oléoduc engendre aujourd’hui une coopération commerciale panafricaine qui contourne à la fois les leçons occidentales sur le climat et les prêts de Pékin.

On estime que le projet créera entre 50 000 et 100 000 emplois, tout au long de sa phase de construction et de son exploitation. Dans les pays où le chômage dépasse 20 %, ces chiffres représentent un véritable tournant.

Le projet d’oléoduc de Dangote présente des avantages économiques considérables : les entreprises étrangères, anticipant les coûts liés à la mise en conformité réglementaire et aux démarches administratives environnementales, proposeraient probablement des dettes de plusieurs dizaines de milliards pour un corridor similaire. Dangote fournit l’oléoduc, une cimenterie, une usine d’engrais et l’infrastructure électrique pour un coût bien inférieur.

Ce projet fera de la raffinerie de Dangote à Lagos l’une des plus grandes opérations de raffinage sur un seul site au monde, passant d’une capacité actuelle de 650 000 barils par jour (bpj) à 1,4 million de bpj d’ici 2028.

Ces évolutions redessinent le paysage énergétique régional et menacent les intérêts extérieurs. La Chine et l’Occident se disputent l’influence sur les ressources africaines. Un axe régional d’approvisionnement en combustibles réduit leur pouvoir de négociation. Ils ne peuvent imposer leurs conditions aux pays qui produisent leur propre énergie.

Pour le Zimbabwe, les conséquences sont immédiates. L’économie supporte des prix exorbitants pour le diesel importé par camion. Chaque litre transite par de multiples frontières, chacune imposant des droits de douane et des délais. L’enclavement du pays le rend vulnérable. L’oléoduc rompt ce schéma. Une fois que le carburant sera acheminé de Walvis Bay à Bulawayo, puis jusqu’à la capitale zimbabwéenne, Harare, les coûts baisseront et le secteur manufacturier cessera enfin de dépendre de ce carburant coûteux pour alimenter les générateurs électriques.

Cela envoie un signal terrifiant aux responsables de la lutte contre le changement climatique, que les pays en développement sont en train de prendre conscience de la situation. Des dirigeants comme le président Mnangagwa et des industriels comme Dangote réalisent que la « transition énergétique verte » est un luxe superflu – probablement illusoire – qu’ils ne peuvent pas se permettre. Ils choisissent la voie de l’Inde et de la Chine : une industrialisation rapide alimentée par tout ce qui fonctionne. Et ce qui fonctionne, indéniablement à l’heure actuelle, ce sont les énergies fossiles.

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Ce commentaire a été initialement publié sur  American Greatness le 8 janvier.

Vijay Jayaraj

Vijay Jayaraj est chercheur associé à la CO₂ Coalition, à Fairfax, en Virginie. Il est titulaire d’une maîtrise en sciences de l’environnement de l’Université d’East Anglia et d’un diplôme d’études supérieures en gestion de l’énergie de l’Université Robert Gordon, toutes deux situées au Royaume-Uni, ainsi que d’une licence en ingénierie de l’Université Anna, en Inde. Il a également été chercheur associé au sein de l’unité de recherche sur les océans en mutation de l’Université de Colombie-Britannique, au Canada.

Traduction : Eric Vieira

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By |2026-01-11T08:37:57-08:0011 January 2026|Climate Change|0 Comments

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