Le Bureau australien de météorologie est en difficulté pour avoir copié-collé des relevés de température

Le Bureau australien de météorologie est en difficulté pour avoir copié-collé des relevés de température

Le Bureau australien de météorologie est en difficulté pour avoir copié-collé des relevés de température

Jennifer Marohasy fait le point sur le scandale lié aux relevés de température du Bureau australien de météorologie. Le fichier numérique indiquait que les températures d’août 1867 et d’août 1907 étaient identiques pour les 31 jours, à un dixième de degré près. Mais ce n’est pas le seul problème.

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Australian temperature records – comparison showing identical daily minimum temperatures for August 1867 and August 1907 in Sydney.

Août 1867 et août 1907 sont identiques, à un dixième de degré près. (Source : joannenova.com.au)

Jennifer Marohasy
Date : 21 octobre 2026

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Lorsque le journaliste Graham Lloyd m’a appelé il y a quelques mois au sujet des températures de l’Observatoire de Sydney, j’avais déjà une intuition. Les fichiers numériques du Bureau australien de météorologie indiquaient que les relevés d’août 1867 et d’août 1907 étaient identiques. Il souhaitait connaître mon avis sur ce qui semblait être un copier-coller, découvert lors d’un audit scientifique mené à titre privé par Tom Berger.

J’ai dit à Graham Lloyd que la substitution se révélerait probablement être 1907 écrit par-dessus 1867, et non l’inverse. C’était mon hypothèse.

Les années 1860 sont marquées par une sécheresse persistante, caractérisée par des journées plus chaudes et des nuits plus froides, comme en témoignent les relevés de température effectués dans les rares endroits où ces relevés ont été effectués. Une nouvelle sécheresse a sévi de 1876 à 1878, s’inscrivant dans une période de sécheresse sévère et pluriannuelle qui a touché les colonies australiennes, provoquée par un épisode El Niño historique et un puissant dipôle de l’océan Indien. Enfin, le Murray, le plus long fleuve d’Australie, s’est asséché en 1914-1915, un phénomène également lié à la sécheresse, ce qui se traduit par une hausse significative des températures maximales à Adélaïde.

Historical Australian temperature records – Adelaide temperature data illustrating extreme temperatures during earlier decades.

La ville d’Adélaïde possède sans doute le plus long registre continu de températures de l’hémisphère sud, remontant à 1856. Comme le souligne à juste titre Marcus De Blonk Smith dans l’édition d’aujourd’hui du journal The Australian : Adélaïde est le seul endroit où un inventaire complet des températures historiques a été réalisé. (Cliquez ici pour lire l’article de Marcus De Blonk Smith et Elizabeth Pike, qui est payant.)

Les résultats, publiés en 2020 dans « The International Journal of Climatology », montrent que les années 1860 ont été une décennie chaude, avec des températures équivalentes aux extrêmes récents. En janvier 1858, le mercure a atteint 46,8 °C. On observe un nouveau pic de températures en 1914-1915, associé à une augmentation des années de sécheresse.

Fait exceptionnel, une équipe de sciences participatives d’Adélaïde a eu accès aux relevés manuscrits originaux de deux instruments de mesure différents (thermomètres installés dans les cages de Glaisher et les abris Stevenson) sur une période de soixante ans. Ces données existent pour 35 autres sites en Australie, mais le Bureau australien de météorologie m’a systématiquement refusé l’accès à ces données, à l’exception de trois années de données parallèles fournies pour l’aéroport de Brisbane. Comme Graham Lloyd l’a indiqué le 14 avril 2023, ces données montrent que les sondes électroniques enregistrent des températures nettement supérieures à celles du thermomètre à mercure installé dans le même abri.

Australian temperature records – historical meteorological observations used to investigate discrepancies in digitised data.

Un cousin m’a envoyé un courriel hier : « Tu dois te sentir vengé, d’être cité dans l’article en première page du Weekend Australian détaillant toutes les données de température douteuses. »

Je ne serai pleinement satisfait, non par une nouvelle série de disputes, mais lorsque les données parallèles des 35 stations auront été publiées, les températures extrêmes manquantes rétablies dans les relevés initiaux, les archives historiques restantes numérisées et un indice vérifiable des températures moyennes australiennes créé. Cet indice pourrait inclure tous les sites disposant de longs relevés de température, notamment la prison de Bathurst, dont les archives remontent à 1858, le jour le plus chaud ayant été enregistré en novembre 1878. En Australie, les jours les plus chauds se situent généralement en janvier.

Il y a ensuite tous les problèmes que Tom Berger et Geoff Sherrington ont mis en lumière, comme l’a rapporté Graham Lloyd ce week-end. (Cliquez ici pour lire l’article de Graham Lloyd, qui est payant.)

Bien sûr, un audit complet des archives sera effectué à terme, et les statistiques qui en découleront révéleront probablement que le mois de janvier le plus chaud, si l’on considère la moyenne de toutes les données historiques australiennes disponibles, remonte à 1896, et l’été le plus chaud à 1938-1939. La journée la plus chaude jamais enregistrée date du 3 janvier 1909, relevée à une station météorologique officielle située sous un abri Stevenson à Bourke, dans l’ouest de la Nouvelle-Galles du Sud. Il ne s’agit pas d’une statistique, mais d’une mesure. Cette date a été supprimée des archives officielles sans raison valable, si ce n’est que la direction du Bureau australien de météorologie préfère que les années les plus chaudes soient plus récentes.

Arrière-plan

Le Bureau de météorologie gère deux ensembles de données de température publiques. « Climate Data Online » présente les observations brutes numérisées. ACORN-SAT est le sous-ensemble de stations remodelées utilisé pour les tendances nationales et les rapports climatiques publiés en collaboration avec le CSIRO.

L’audit scientifique récent réalisé par Tom Berger, confirmé par Graham Lloyd au regard des registres des Archives nationales, concerne les fichiers bruts.

À l’observatoire de Sydney, les minima numériques d’août 1867 sont une copie conforme de ceux d’août 1907 : 31 jours, à un dixième de degré près. Les registres papier indiquent deux mois différents. La nuit la plus froide de 1867 (3,9 °C le 3) a été remplacée par les valeurs de 1907. La valeur extrême que le Bureau météorologique continue d’enregistrer pour août 1867 correspond au minimum de 1907. Il s’agit d’un doublon dans la série que le Bureau qualifie de non ajustée.

Par ailleurs, la journée la plus chaude enregistrée par le système Stevenson et encore visible sur les archives papier — 51,7 °C à Bourke le 3 janvier 1909, la station la plus proche, Brewarrina, ayant enregistré 50,6 °C le même jour — a été supprimée en 1997 sur décision de Blair Trewin, employé du Bureau météorologique, et n’est donc pas disponible dans les fichiers bruts en ligne. D’autres températures extrêmes enregistrées à cette époque, comme celle de White Cliffs en 1936, n’ont jamais été numérisées.

Un troisième problème se pose du côté moderne. Depuis 1996, la plupart des stations d’enregistrement de température ont abandonné les thermomètres à mercure au profit de sondes électroniques. Le Bureau dispose d’environ 760 ans d’observations parallèles qui permettraient de comparer les deux instruments, mais la quasi-totalité de ces données n’a pas été publiée. Sans elles, les températures extrêmes récentes ne peuvent être comparées aux données historiques.

Aucun audit public n’a jamais été réalisé entre le fichier numérisé brut et les carnets d’observations originaux. L’exercice de 2014 n’a pas examiné un seul exemple concret.

Une autre enquête n’est pas nécessaire. Ce qu’il faut, c’est de réparer l’ensemble des données brutes lui-même : restorer les valeurs dupliquées et effacées, publier les données de mesures parallèles, numériser les valeurs extrêmes manquantes et mettre en place un processus permanent — incluant la transcription citoyenne des archives — afin que le fichier numérique puisse être comparé aux registres.

Le fichier brut n’est pas toujours le fichier brut. Tant que ces mesures ne seront pas prises, toute personne utilisant les relevés de température australiens à des fins de recherche, de prévision ou d’élaboration de politiques se servira d’une série contenant des mois dupliqués et des valeurs extrêmes manquantes. C’est pourquoi il est impératif de résoudre ces problèmes.

Ce que les archives de Sydney ont révélé

Graham Lloyd n’a pas publié immédiatement, après avoir reçu l’audit scientifique de Tom Berger et Geoff Sherrington.

Il a fallu plusieurs mois à Graham Lloyd pour retrouver les registres d’observations météorologiques originaux de l’Observatoire de Sydney, le Bureau refusant initialement de fournir des informations sur leur emplacement exact. Finalement, ils ont été localisés aux Archives nationales, les pages des mois concernés ont été photographiées et les numéros vérifiés. Bravo à Graham Lloyd pour sa persévérance et je le remercie de m’avoir communiqué ces informations.

Les registres des Archives nationales ont confirmé mon hypothèse. Tous les minimums de 1907 ont été convertis exactement des degrés Fahrenheit aux valeurs Celsius que le Bureau conserve dans les archives numérisées pour ce mois-là — et pour août 1867 également !

Une fois les températures minimales réelles de 1867 transcrites et converties en degrés Celsius, on a constaté qu’elles étaient de 3,9 °C le 3 août. La température extrême de 5,6 °C que le Bureau mentionne encore pour le 18 août date de 1907.

L’observatoire de Sydney n’est pas une station météorologique obscure. Il possède l’un des ensembles de données les plus longs et les plus cités pour l’hémisphère Sud. Cette duplication figure dans la série que le Bureau présente comme données brutes et non corrigées.

Je le répète, un mois entier a été recopié et inscrit dans une autre année. La température extrême mensuelle que le Bureau publie encore pour août 1867 — 5,6 °C le 18 — correspond au minimum de 1907. Le véritable minimum de 1867, tel qu’il figure dans les registres, est plus froid, environ 3,9 °C, le 3, ce qui concorde avec une année de sécheresse.

Comme je l’ai dit à Graham il y a quelques mois, la probabilité que deux mois d’août, à quarante ans d’intervalle, présentent le même minimum pour chacun des 31 jours, à un dixième de degré près, est nulle. Lorsque Graham Lloyd a finalement eu accès aux archives, cela a été confirmé : ce n’était pas le cas. Bravo à Tom Berger pour avoir lancé l’analyse forensique des données numérisées.

Inutile de faire une autre demande

Il y a plus de dix ans, j’ai commencé à comparer les enregistrements numérisés avec les numéros du registre original des observations météorologiques, dont une grande partie est conservée aux Archives nationales, et d’autres qui m’ont été confiés après avoir été mis au rebut par le Bureau dans les années 1990. Ces documents étaient restés chez d’anciens employés du Bureau qui, malgré l’ordre de s’en débarrasser, les avaient conservés et me les avaient transmis par la suite.

Comme l’a rapporté Graham Lloyd dans le journal du week-end, une grande partie de ces faits a été portée à l’attention de Tony Abbott lorsqu’il était Premier ministre, il y a plus de dix ans. Et pour reprendre les termes de Graham Lloyd, Abbott a refusé d’ouvrir une véritable enquête. Peta Credlin a joué un rôle dans cette affaire en tant que directrice de son cabinet, même si Greg Hunt a servi de bouc émissaire, comme je l’expliquais dans un article paru en septembre 2015. (Pour lire l’article, cliquez ici.)

En 2014, suite à la première série d’articles de Graham Lloyd dans le journal « The Australian », suggérant une réécriture à grande échelle de l’histoire climatique de l’Australie, le Bureau a organisé un forum d’une journée réunissant quelques statisticiens en consultation avec la direction.

En prévision de cela, une douzaine d’entre nous, passionnés de longue date par les statistiques météorologiques et climatiques – pour la plupart des professionnels retraités, tous citoyens australiens – avons préparé des dossiers que nous avons envoyés par courriel et par voie postale à Bob Baldwin, alors secrétaire parlementaire du ministre de l’Environnement. Nombre de ces dossiers étaient très longs ; certains avaient nécessité des semaines, des mois, voire des années de travail de la part de personnes cherchant à comprendre la logique des statistiques météorologiques présentées chaque année au public australien, en tant que données officielles du Bureau australien de météorologie et du CSIRO.

Bon nombre de ces contributions m’ont été transmises et je les ai archivées sur mon site web ; elles sont disponibles à la lecture ici :

https://jennifermarohasy.com/temperatures/submissions-to-the-panel/

De nombreuses contributions portent sur des exemples précis de ce qui semble être un traitement erroné d’observations historiquement importantes ; d’autres remettent en question la pondération accordée aux lieux et soulignent l’omission d’informations cruciales. Le forum s’est réuni et le rapport qui a suivi a formulé des recommandations générales, sans apparemment examiner un seul exemple concret des nombreuses anomalies qui avaient incité Graham Lloyd à rédiger sa série d’articles moins de six mois auparavant.

Aucune des douze, voire plus, de contributions de membres du public concernés, dont la mienne, n’a jamais reçu d’accusé de réception.

Problème avec les années depuis 1996

Le Bureau a tendance à suggérer que les premières mesures comportent des problèmes, car elles n’ont pas été effectuées avec du matériel standard. En réalité, les véritables problèmes commencent en 1996 avec le passage des thermomètres à mercure aux sondes reliées aux stations météorologiques automatiques (SMA).

Ces sondes électroniques peuvent être recalibrées selon vos besoins.

Une sonde peut être réglée pour afficher une température supérieure ou inférieure à celle du mercure qu’elle remplace, et ce réglage peut être effectué sans qu’aucune trace publique de la mesure initiale ne soit conservée. J’ai démontré cela sur la base de données parallèles recueillies pour Mildura en 2017, sur une période de 15 ans, alors que Josh Frydenberg était ministre responsable du Bureau. Alan Jones lui avait demandé d’ordonner au Bureau de me communiquer ces données. J’ai ensuite transcrit tous les documents manuscrits, mais le rapport qui en a résulté n’a pas pu être publié.

Pour être clair, depuis 1996, le Bureau remplace les thermomètres à mercure des  abris Stevenson par des sondes électroniques, mais n’a pas publié les relevés parallèles qui permettraient de comparer les deux instruments au même endroit et au même moment. Les données limitées dont je dispose et que j’ai transcrites doivent être intégrées aux archives officielles et je souhaite vivement les partager dès qu’une structure appropriée sera mise en place pour faciliter cela.

Australian temperature records – comparison of historical mercury thermometers and modern electronic temperature probes.

Implications plus larges

L’absence de mesures parallèles régulières et accessibles au public empêche de comparer les températures actuelles relevées dans la plupart des stations australiennes avec les relevés historiques de mercure sur la même base. Une sonde qui surestime systématiquement la température, ou qui est recalibrée, générera de nouvelles valeurs extrêmes et amplifiera les tendances, même si la température de l’air est restée inchangée.

Étant donné que les séries nationales du Bureau et les évaluations publiées avec le CSIRO reposent sur ces stations, l’ampleur de tout réchauffement depuis le milieu des années 1990 ne peut être dissociée du changement d’instrumentation.

Cette même incertitude affecte toute tentative d’utilisation des longues séries de données à des fins de prévision ou de comparaison des moyennes mondiales avec les observations locales. La publication des ensembles de données parallèles existants et la création de nouveaux ensembles ne permettraient pas de résoudre toutes les questions relatives au climat, mais elles lèveraient une source de doute évitable quant à la pertinence des données récentes par rapport aux données anciennes.

À suivre. 

Traduction : Eric Vieira

Jennifer Marohasy

Jennifer Marohasy, titulaire d’une licence et d’un doctorat, est une chercheuse australienne reconnue pour son esprit critique et son expertise en méthodologie scientifique. Son blog est accessible à l’adresse https://jennifermarohasy.com/. Cet article a été initialement publié sur ce blog le 19 octobre 2026.

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